Autiste sans solution : la détresse d'un interné en HP !

La situation de Dimitri Fargette, 39 ans, autiste, est jugée "critique" mais la seule solution qui lui est proposée est un internement en hôpital psychiatrique (HP). Sa famille, qui a épuisé tous les recours, veut porter plainte contre l'Etat.

5 juillet 2019 • Par

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Comment sortir de cette impasse ? La famille Fargette a écumé tous les recours, poussé toutes les portes, cru à toutes les promesses… Et rien ! Rappel des faits. C'est en septembre 2015 que Nicolas Fargette fait parler de lui dans les medias ; il s'enchaîne aux grilles de la préfecture du Jura puis, un mois plus tard, en escalade la façade pour y déployer ses banderoles. Objectif de cette action coup de poing ? Obtenir une place en MAS (maison d'accueil spécialisée) pour son frère (ils sont triplés), Dimitri, diagnostiqué autiste à l'âge de 35 ans, « incarcéré », selon lui, depuis 17 ans en hôpital psychiatrique puis placé dans une Unité pour malades difficiles (UMD), sur décision d'un représentant de l'Etat. Il y est maintenu attaché, sous camisole chimique avec pas moins de quarante médicaments par jour. Après une procédure judiciaire, la famille Fargette finit par obtenir gain de cause : pas de place en établissement mais la « permission » de retourner au domicile familial.

Les paroles d'Edouard Philippe

Mais cette situation n'est pas gérable à long terme car Nicolas est contraint d'arrêter de travailler pour s'occuper de son frère, de surcroît très malvoyant (article complet en lien ci-dessous). Après une tentative en FAM (foyer d'accueil médicalisé), retour à l'hôpital. Nicolas reconnait que Dimitri « peut avoir des troubles du comportement » mais les explique par une prise en charge inadaptée. La famille a un regain d'espoir en entendant les paroles d'Edouard Philippe, Premier ministre, le 6 avril 2018, à l'occasion du lancement de la Stratégie nationale pour l'autisme : « Aujourd'hui, nous sommes face à une obligation éthique, à une responsabilité collective car le lieu de vie des adultes autistes, au XXIe siècle, ne peut pas être l'hôpital ». Dimitri est pourtant à l'isolement, avec de trop rares sorties et aucune visite de ses proches.

Une situation critique, et pourtant…

Invoquant une « situation critique » qui devrait faire l'objet d'un traitement spécifique, Nicolas épuise toutes les options : MDPH, ARS (Agence régionale de santé), président du Conseil général du Jura, ministre de la santé, Premier ministre et même Emmanuel Macron... Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat au Handicap, promet de trouver une « solution adaptée et bienveillante ». Mais les mois s'écoulent sans que rien ne change.
La famille dépose plainte contre l'hôpital psychiatrique pour maltraitance mais le 31 janvier 2019, le verdict tombe : aucune charge n'a été retenue à son encontre. Les traitements et contentions sont proportionnées à sa pathologie, assure le tribunal. Si une forme de détresse institutionnelle, liée à l'organisation structurelle de ce CHS (centre hospitalier spécialisé) et aux limites propres à l'établissement est effectivement mise en avant par l'un des experts, l'information judiciaire n'a pas permis d'établir que les modalités de prise en charge en son sein étaient intentionnellement maltraitantes.

Plainte contre l'Etat

La famille Fargette veut, dans un premier temps, faire appel de cette décision mais, après concertation, décide de frapper plus fort et de « porter plainte contre l'Etat », « plutôt que s'attaquer à la psychanalyse et la psychiatrie car leurs méthodes ont encore trop d'influence dans la tête des juges », estime Nicolas Fargette. « Une perte de temps et d'argent », selon lui, car 10 000 euros ont déjà été dépensés en frais de justice « pour, au final, un retour à la case départ ». Il se dit « à la recherche d'un avocat compétent pour lancer la procédure ». Le 27 mars 2019, un courrier envoyé à Danielle Brulebois, députée du Jura, reçoit la réponse suivante : le cas de Dimitri fait l'objet d'un « suivi particulier » par la MDPH dans le cadre du dispositif « Une réponse accompagnée pour tous » et une réponse doit être apportée à la famille « dans les prochains jours ». « Depuis, évidemment, rien n'a bougé, se désespère Nicolas Fargette. J'envoie des mails régulièrement pour avoir des nouvelles, malheureusement on ne me répond pas ».

Une sortie à la piscine ?

Seul point positif, il a pris contact avec l'Equipe relais handicaps rares, basée à Dijon, qui a vocation à trouver des solutions pour les personnes en situation de handicap. « Ils ont rencontré Dimitri et ont proposé qu'une personne le visite une fois par semaine pour l'emmener à la piscine -il adore l'eau-. » La demande, pour l'instant en attente, doit être validée par la MDPH. Toujours prompt à l'action, Nicolas continue à organiser des manifestations en faveur de l'association Soutien à Dimitri Fargette dans le but de récolter des fonds. Ce combat, il entend le mener pour son frère et « pour tous les autres », ceux à qui on promet une réponse adaptée mais restent sur le carreau. Il a recueilli d'autres témoignages de patients internés, déplorant des situations « inhumaines ». Toujours le même son de cloche : « Pas de place, faut attendre ». Combien de temps encore ? Dimitri a maintenant 39 ans. Et sa famille est à bout…

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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