Bibliothèque sonore : 3 000 ouvrages lus par des comédiens

3 000 ouvrages, 30 000 heures d'écoute... La bibliothèque sonore des "Non-voyants et leurs drôles de machines" fête ses 15 ans. A dispo des membres de l'asso, ces livres audio permettent de renouer avec la lecture en cas de cécité.

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Une femme lit un livre et enregistre sa voix avec un micro.

« Un soir d'hiver, les deux partenaires étaient absorbés dans leur partie quotidienne quand ils furent distraits par un tintement de grelots. Un paysan, le bonnet poudré de neige, entra d'un pas lourd : sa mère était à l'agonie, il fallait faire vite. » C'est avec vigueur, finesse et justesse que le comédien Edouard Baer conte Le joueur d'échecs, l'ultime roman de Stefan Zweig, écrit quelques mois avant son suicide. Il est l'un des 3 000 ouvrages qui composent la bibliothèque sonore des « Non-voyants et leurs drôles de machines » (NVDM).

Dépasser son handicap via le sport...

Cette association créée en 2006 vise, à l'origine, à dépasser son handicap via des exploits sportifs, notamment la conduite automobile pour déficients visuels sur des circuits de Formule 1 (160 km/h à l'aveugle sur un circuit de Formule 1 : et vous?). Depuis 2009, elle s'attache également à leur faciliter l'accès à la littérature contemporaine. Aux manettes ? Luc Costermans, ancien pilote amateur de rallye belge, devenu aveugle après un accident en 2004.

... et enrichir son esprit avec la lecture (audio)

Ces initiatives permettent aux personnes déficientes visuelles qui ne lisent pas le braille d'être « en phase avec le monde littéraire, leur permettant ainsi de tisser un lien social avec d'autres lecteurs sur les forums ou dans la vie de tous les jours », expliquent les NVDM. « En tant que non-voyant, on passe beaucoup de temps à patienter (dans les salles d'attente des médecins, les transports...). Et si l'on pouvait mettre cette attente à profit en se cultivant, en enrichissant notre esprit ? » C'est tout l'enjeu de cette bibliothèque sonore qui soufflera le 10 avril 2024 ses quinze bougies.

Des centaines de comédiens ont prêté leur voix

Des centaines de comédiens se sont prêtés à l'exercice. En tête de liste ? Léa Drucker, la marraine. La majorité des ouvrages ont été achetés à des éditeurs, comme Audiolib, Lizzie ou encore Gallimard. Mais certains acteurs ont été démarchés directement par Luc Costermans et ont décidé de prêter leur voix gracieusement au profit de l'association, comme Jean Reno pour L'appel sauvage, de Jack London. Jean-Pierre Marielle, lui, rend hommage à Bernard Giraudeau, avec Cher amour. « De toute beauté ! », s'exclame Luc Costermans. Tandis que l'acteur césarisé, Dominique Pinon, conte Héritage, de Miguel Bonnefois. Lambert Wilson et Benoît Poelvoorde sont les prochains sur la liste !

Une dizaine d'heures d'enregistrement en moyenne

Un ouvrage nécessite en moyenne une dizaine d'heures de lecture, certains en prennent cinq, d'autres vingt-neuf, comme le dernier tome des Piliers de la terre, de Ken Follett. Lors de l'enregistrement, Edouard Baer dit en avoir bavé mais ajoute « quand on dit les choses tout haut, on finit par les vivre et on se laisse emballer par le récit ».

Des livres accessibles aux membres

Pour y avoir accès, il faut être membre des NVDM (contact par mail :  nvdm.asso@gmail.com ). Ne jouissant d'aucune subvention, l'association est financée par des mécénats, des dons ou des soirées caritatives. Un catalogue numérique est distribué à tous les membres afin de faire sa sélection. Reconverti en « bibliothécaire », Luc Costermans conseille les lecteurs en fonction de leurs appétences littéraires. « Vous n'allez pas proposer un livre de terroir aux amateurs de romans policiers », sourit-il. Quoi que... « Moi je lis un peu de tout ! »

D'autres bibliothèques sonores gratuites

D'autres associations, comme Valentin Haüy, ont lancé des bibliothèques ou médiathèques sonores mais, à la différence de celle de NVDM, les ouvrages sont lus par des bénévoles. « J'ai beaucoup de respect pour ces 'donneurs de voix' mais le rendu et le confort à l'oreille sont complètement différents, indique Luc Costermans. La contrepartie, c'est que les ouvrages lus par des comédiens sont généralement payants tandis que les autres sont proposés gratuitement. »

© Photo d'illustration générale / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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