Céréales, pain, pâtes, viennoiseries… Autant de produits de consommation qui composent chaque jour nos assiettes et qui, pourtant, ne seraient pas si inoffensifs. La faute au cadmium, un métal lourd, classé cancérogène depuis 1993 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), confirmé à nouveau en 2012 et qui serait logé dans ces aliments du quotidien. Si ce polluant revient sur le devant de la scène aujourd'hui, c'est qu'il fait l'objet d'une alerte publiée le 25 mars 2026 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Une large part de la population, dont un tiers des enfants, dépasserait la dose journalière tolérable (DJT). Cette surexposition concerne 0,6 % des adultes, 14 % des enfants de 3 à 17 ans, et jusqu'à 36 % des enfants de moins de 3 ans. Chez ces derniers, ces résultats sont particulièrement critiques car leur organisme est en plein développement et l'accumulation commence dès le plus jeune âge.
Dans quoi retrouve-t-on le cadmium ?
Le cadmium n'est pas présent par accident, mais par absorption via les sols contaminés (notamment par les engrais phosphatés). Les aliments qui contribuent le plus à l'exposition sont : les produits céréaliers (pain, pâtes, céréales du petit-déjeuner), les barres de céréales et le chocolat. Ils représentent la part la plus importante en raison de la fréquence de consommation. On retrouve également les pommes de terre et tubercules, les abats, les mollusques et crustacés (fortes concentrations, bien que consommés moins souvent), enfin les algues (sur lesquelles l'Anses avait déjà rendu une publication en 2020) et les compléments alimentaires (souvent pointés comme des sources de fortes doses ponctuelles). Autre élément marquant : bien que l'alimentation soit la source n°1, le tabac est un facteur aggravant majeur. Un fumeur double quasiment son exposition quotidienne au cadmium par rapport à un non-fumeur. L'absorption du métal par les poumons est beaucoup plus efficace (environ 25 à 50 %) que par voie digestive (environ 5 %).
Est-ce mieux dans le bio ?
A partir de ces constats, le consommateur serait tenté de se tourner vers des produits issus de l'agriculture biologique. Or, l'Anses prévient dans son rapport : « Il est constaté que, dans la mesure où les résultats des tests statistiques ne sont pas convergents, il n'est pas possible de conclure quant à une différence entre les concentrations en cadmium entre les aliments bio et conventionnels ». En effet, le cadmium est un élément persistant. Même si un agriculteur passe en bio aujourd'hui, si son champ a été traité aux engrais phosphatés pendant 40 ans, le cadmium est toujours présent dans la terre. Les plantes bio continuent donc d'absorber le cadmium « historique » présent dans le sol. Résultat : certaines études (une effectuée en Serbie en 2022 et publiée dans le Journal of agricultural science, mais aussi dans une autre étude de 2018 aux Etats-Unis publiée dans Environnemental pollution) montrent que la différence de teneur en cadmium entre un légume bio et un légume conventionnel n'est pas toujours aussi marquée qu'on le souhaiterait, car tout dépend de la pollution passée de la parcelle. En résumé, manger bio peut réduire l'exposition « neuve », mais sans une loi stricte sur les engrais, le risque de développer des pathologies invalidantes reste une loterie liée à l'histoire des sols français.
Reins et os : quand le corps se fragilise
En effet, au-delà des chiffres, c'est l'impact sur la santé physique au long terme qui inquiète. Le cadmium n'est pas qu'un simple polluant ; c'est un agent dégradant pour l'organisme. En s'accumulant durant des décennies, il s'attaque aux fonctions vitales, transformant une exposition environnementale en un véritable parcours de soins lié au handicap. L'un des risques majeurs identifiés réside dans l'atteinte rénale chronique. Une exposition prolongée peut mener à une insuffisance rénale sévère, imposant des traitements lourds comme la dialyse, synonymes d'une perte d'autonomie majeure au quotidien. Plus insidieux encore, le cadmium fragilise la structure osseuse. En provoquant une déminéralisation (ostéoporose), il multiplie les risques de fractures spontanées. Pour une personne vieillissante ou déjà fragilisée, ces lésions peuvent entraîner des troubles de la mobilité irréversibles.
Cancers et pathologies neurologiques : l'alerte est lancée
Ce métal serait également impliqué dans 16 000 cas de cancers du pancréas par an en France, selon l'association Agir pour l'environnement. « Nous sommes face à une urgence sanitaire où la responsabilité publique est engagée », plaident Agir pour l'environnement, le CRIIGEN et l'association Santé, Droit et Société, qui ont saisi le Conseil d'État. Aux pathologies lourdes s'ajoutent des soupçons de troubles neurologiques et de neurotoxicité, pouvant impacter les capacités cognitives dès l'enfance. En effet, selon Santé publique France, plusieurs études épidémiologiques suggèrent de possibles effets neuro développementaux liés à des expositions faibles au cadmium durant les périodes fœtales et la petite enfance et également chez des enfants âgés de 6 à 15 ans.
Des réglementations progressives
Ces séquelles, souvent invisibles au départ, constituent des handicaps structurants pour toute une vie. Malgré les alertes répétées, les valeurs limites de cadmium dans les fertilisants agricoles ne seront ajustées qu'en 2038 selon le gouvernement, interrogé par l'AFP. Ce délai de près de 20 ans laisse le champ libre à l'accumulation du métal dans les sols et les aliments, retardant la protection des populations les plus vulnérables. Des associations comme Agir pour l'Environnement ou le CRIIGEN alertent : « Pendant ce temps, l'imprégnation de la population française se poursuit et s'accroît chaque jour un peu plus ». Comme le souligne l'ANSES, « réduire l'exposition dès aujourd'hui est crucial pour éviter des conséquences sanitaires lourdes demain ».
© Kittisak Kaewchalun de Getty Images / canva


