Des campagnes électorales accessibles : c'est pas gagné!

A l'approche des élections municipales, où en est l'accessibilité des campagnes des candidats ? "Peau de chagrin", regrette Jérémie Boroy, président du CNCPH. Le 11 février, il appelle Emmanuel Macron à prendre des mesures concrètes!

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Le 28 janvier 2020, le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) et le Conseil national du numérique (CNNum) ont présenté leurs recommandations pratiques pour que les candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars puissent s'adresser, aussi, aux électeurs en situation de handicap lors des campagnes et scrutins.

Handicap.fr : Pourquoi avoir organisé cet événement ? C'était une première ?
Jérémie Boroy : Oui. Parce que nous devons encore mobiliser les partis politiques et les acteurs sur l'intérêt de rendre les campagnes accessibles à tous. Il n'y avait pas de vocation revendicative mais juste un partage de « mode d'emploi » pour définir, notamment, les besoins de ce public. L'idée, c'est aussi de faire comprendre qu'il y a des choses à mettre en place dans les plus petites communes, même sans budget.

H.fr : Qui a répondu présent ?
JB : Pour être franc, il y avait peu de participants car les invitations ont été lancées peu de temps avant. Nous ferons le bilan quand nous aurons relevé les compteurs de la lettre-ouverte à destination des candidats.

H.fr : De quoi s'agit-il ?
JB : Un memento mis en ligne sur le site du ministère de l'Intérieur, avec, en parallèle, une lettre adressée à tous les chefs de partis.

H.fr : L'accessibilité des campagnes n'est pas obligatoire ?
JB : Non, aucun candidat n'est obligé de proposer des vidéos sous-titrées, des interprètes en langue des signes lors de ses meetings, des programmes en facile à lire et à comprendre (FALC), des sites internet et des salles accessibles… On observe quelques efforts sur des gros scrutins comme les élections présidentielles mais, disons-le clairement, cela reste insuffisant et, en 2020, on ne peut plus s'en contenter. Il y a surtout une idée qui m'est insupportable, c'est de me dire qu'un candidat serait choisi en fonction de l'accessibilité de sa campagne.

H.fr : Comment faire pour que les choses changent ?
JB : Nous comptons sur la Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à l'Elysée, en présence d'Emmanuel Macron (article en lien ci-dessous), pour qu'il inscrive un vrai cap dans la loi et le code électoral. Quand je vois le budget consacré par la force publique aux campagnes, plusieurs dizaines de millions d'euros, je me dis qu'il justifie une meilleure accessibilité. C'est inconcevable qu'il n'y ait aucune contrepartie.

En 2014, même si c'était un autre quinquennat, un rapport a été rédigé par deux parlementaires sur l'accessibilité des campagnes électorales, avec des propositions concrètes. L'un de ses auteurs, une sénatrice, s'appelle Jacqueline Gourault et elle est aujourd'hui ministre de la Cohésion des territoires de ce gouvernement. Je n'ose pas imaginer que ce rapport est tombé dans les oubliettes. Alors ça aurait vraiment du sens qu'Emmanuel Macron annonce une étape nouvelle du processus électoral pour que, en vue des Présidentielles de 2022, le cadre soit posé.

H.fr : Le CNCPH, dont vous êtes président depuis janvier 2020, compte-t-il mener des actions en ce sens ?
JB : Oui. Après les municipales, il entend se rapprocher du Sénat, de l'Assemblée et du CESE (Conseil économique social et environnemental) pour échanger sur leur propre accessibilité afin que tous les citoyens puissent suivre les débats. L'Assemblée nationale propose un sous-titrage et une traduction en LSF pour ses questions au gouvernement mais ce n'est pas suffisant. Il y a encore beaucoup à faire, et nous devons également voir comment accompagner les parlementaires dans l'accessibilité de leur propre media, par exemple lorsqu'ils diffusent leurs interventions issues de la Chaîne parlementaire. Nous allons nous y atteler dès ce printemps…

H.fr : Les choses évoluent-elles dans le bon sens malgré tout ?
JB : Franchement, pour moi qui milite depuis des années sur ce sujet, ça n'avance pas, en tout cas pas suffisamment. On observe une timide prise de conscience, on en parle, mais la traduction dans les faits est encore lente. Pour pas mal de politiques, la notion d'accessibilité reste nébuleuse. Et difficile de prendre chacun par la main pour leur dire de la mettre sur leur check-list.

En décembre 2019, dans le cadre du Comité interministériel du handicap (CIH) porté par Edouard Philippe, un manifeste pour un Etat inclusif a été diffusé ; parmi ses engagements, il y a la promesse d'une accessibilité sur tous les temps forts de la communication du gouvernement et surtout en temps réel et pas trois jours après. Encore une fois, j'espère que, ce 11 février, le président nous offrira une vraie « preuve d'amour »…

H.fr : 300 000 personnes sous tutelle peuvent désormais voter sans restriction (article en lien ci-dessous). Cette nouvelle étape peut-elle avoir un impact positif ?
JB : Oui, c'est un mouvement énorme et une chance pour nous tous, tous handicaps confondus. C'est un peu le déclic qui manquait pour une vraie prise de conscience. C'est aussi pour cette raison que nous avons organisé la rencontre du 28 janvier. Le président de Nous aussi, une association de personnes handicapées mentales auto-représentées, a fait un exposé très percutant qui peut marquer les esprits.

H.fr : En quoi cela peut-il changer la donne ?  
JB : Les candidats seront peut-être plus attentifs à ce public lorsqu'ils rédigeront leur tract, leur profession de foi ou leur site. Ils se diront qu'ils doivent être compris du plus grand nombre en évitant de laisser la simplicité des messages aux seuls candidats populistes dont c'est la marque de fabrique.

H.fr : Y-a-t-il, sur cette question, des partis plus engagés que d'autres ?
JB : Lors des élections présidentielles, en général, les plus grands partis mènent quelques actions, par exemple la LSF sur leurs gros meetings mais cela reste anecdotique et ne pose pas la question des autres handicaps dont la prise en compte est insuffisante.

H.fr : Que faire alors ?
JB : On aura franchi un cap lorsque la question de l'accessibilité sera inscrite dans les manuels de marketing électoral -c'était d'ailleurs ma formation d'origine. Lorsque les communicants prendront conscience qu'ils peuvent se faire « ramasser » sur les réseaux sociaux à ce sujet, on aura gagné !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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