Campagne électorale peu accessible : un manque de volonté?

"Vous passez à côté de 10 % de votes potentiels." Face au désengagement des électeurs, les partis politiques ont tout intérêt à rendre leur campagne accessible. Et pourtant, peu proposent une information adaptée aux personnes handicapées.

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La loi est claire. Les campagnes présidentielles doivent être accessibles. Et pourtant... En 2022, encore bon nombre de candidats étaient « hors la loi ». Pour les autres élections, des « incitations » mais aucune obligation. Résultat : face à des difficultés d'accès à l'information, les électeurs en situation de handicap boudent-ils plus les urnes que les autres ? A cinq mois des élections européennes (du 6 au 9 juin), l'Association pour la prise en compte des personnes handicapées (APHPP) tape du poing sur la table lors du colloque « Tous citoyens », le 12 janvier 2024, au Sénat (Lire : Les citoyens handicapés absents de l'échiquier politique?) : « Avançons concrètement sur ce sujet majeur, et vite ! ».

Des évolutions à la marge

« Les candidats à la Présidentielle veillent à l'accessibilité de leurs moyens de propagande électorale aux personnes en situation de handicap, en tenant compte des différentes formes de handicap et de la diversité des supports de communication », précise le Journal Officiel du 29 mars 2021. Cela concerne par exemple l'accessibilité du clip officiel de campagne (interprétation en Langue des signes française, audiodescription, sous-titrage simultané), des réunions publiques, des documents de campagne, la description des images sur les réseaux sociaux... Matthieu Annereau, président de l'APHPP, admet des évolutions dans chaque parti politique, comme l'édition de professions de foi en Facile à lire et à comprendre (FALC), mais « à la marge », et pointe un « manque d'uniformité ». « Un rapport devait être produit sur l'accessibilité de la Présidentielle 2022, on l'attend toujours... », déplore-t-il, relevant « des annonces, des bonnes intentions mais pas encore de réel changement ». A l'ère du numérique, il rappelle par ailleurs l'importance de l'accessibilité des contenus digitaux.

L'impasse sur 10 % d'électeurs potentiels

Alors que des solutions existent, affirme Sandra Bossard, présidente de l'AFPAPH (Association française des professionnels pour l'accessibilité des personnes handicapées), aussi bien pour permettre de rendre « tout le matériel de campagne accessible » que « d'exercer ses droits et devoirs de citoyens jusque dans l'isoloir », « peu de candidats s'en saisissent ». « Vous êtes à la recherche d'électeurs et pourtant vous passez à côté de 10 % de vos électeurs potentiels », fait remarquer Paul Cacheux, directeur général d'Urbilog, expert en accessibilité numérique.

Question de volonté !

Il se dit tout de même « très optimiste » : « Tout est possible. On sait par exemple depuis très longtemps comment rendre un site web accessible : proposer plusieurs contrastes, aligner les textes sur la gauche... Ce n'est qu'une question de volonté ! ». Et si elle n'est pas au rendez-vous ? « Il y a toujours possibilité de rendre une élection caduque si on s'aperçoit que les professions de foi et le reste des interventions politiques n'ont pas été rendues accessibles », poursuit-il.

Des freins financiers

Certains candidats aux municipales, se disant de « bonne volonté », évoquent toutefois des freins financiers. « Nous devons parfois faire l'impasse sur certains outils, comme des tracts en braille, confie Jordan Gross Kuciany, conseiller municipal dans une commune vosgienne. Le handicap nécessite des moyens qui ne sont pas là. » Et il est bien placé pour le savoir… Lui-même confie avoir « rusé pour rentrer dans ses frais de campagne ». En effet, souffrant d'une maladie chronique limitant sa mobilité, il a fait appel à un chauffeur pour se déplacer durant ses six mois de campagne, de nombreuses gares n'étant pas accessibles. Une dépense qui a considérablement réduit son budget. Une fois le plafond de remboursement atteint, il a décidé de prendre les frais supplémentaires (environ 500 euros) à sa charge. Pour rappel, les plafonds sont définis selon le nombre d'habitants de la ville ou de la collectivité du candidat.

Pas d'aides pour les candidats handicapés

« Si les élus en situation de handicap bénéficient d'aides financières spécifiques, les candidats n'en ont aucune », indique Cyril Desjeux, sociologue et directeur scientifique chez Handéo. Le recours à la Prestation de compensation du handicap (PCH) est envisageable mais reste limité et vient grever le temps d'aide humaine. Pour changer la donne, Béatrice Annereau, vice-présidente de l'APHPP et conseillère régionale des Pays de la Loire, propose de « légiférer sur un budget de campagne qui prend en compte les besoins d'accessibilité avec un remboursement plafonné spécifique ou un fonds d'aide ».

Ces obstacles, et bien d'autres, ont pour conséquence de réfréner l'envie des personnes handicapées de se lancer en politique. Mais certains franchissent pourtant le pas. Et après ? Réponse dans ce volet : Elus handicapés : besoin urgent de soutien pour leur mandat.

Pour en savoir plus sur ce sujet, complétez votre lecture avec l'article : Les citoyens handicapés absents de l'échiquier politique?.

Main glissant un bulletin de vote dans une urne
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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