« Cette attente n'est plus tolérable. » Près de trois ans après le vote du dispositif relatif au cannabis médical, 14 associations de patients interpellent le Premier ministre dans une lettre ouverte rendue publique le 15 septembre 2026. Ils réclament la publication de tous les textes nécessaires à l'application effective de la loi.
C'est un nouveau retard dans le calendrier qui a poussé ces associations à s'adresser à Matignon. L'évaluation des médicaments contenant du cannabis par la Haute autorité de santé (HAS), prévue les 20 et 21 octobre 2026, a en effet été repoussée. En cause : le décret nécessaire à la poursuite des travaux n'a pas encore été promulgué.
Les travaux de la HAS repoussés
« Aucune explication ne nous a été donnée sur cette absence de publication du texte », assure Cyril Chappes, président de CThérapeutique - une des associations signataires - qui regroupe des patients bénéficiaires de l'expérimentation mise en place en mars 2021. (Cannabis médical : les 1ères délivrances en pharmacie) « J'ai l'impression que c'est une question idéologique. Les gens, et notamment certains politiques, n'arrivent pas à dissocier usage récréatif et médical » regrette celui qui soulage des douleurs intenses apparues après un AVC avec le cannabis thérapeutique. (Cannabis médical : la nouvelle vie de Cyril après son AVC )
De son côté, la HAS indique sur son site que « dans l'attente de la publication de ce décret et dans un objectif d'anticipation, le ministre chargé de la santé a saisi la HAS pour lui demander de débuter l'évaluation de ces traitements ». L'organisme doit notamment évaluer les médicaments en vue d'une éventuelle prise en charge par la Sécurité sociale.
100 000 patients pourraient être bénéficiaires
Les signataires de la lettre ouverte craignent que ce nouveau contretemps ne compromette le calendrier annoncé, « qui prévoyait une mise à disposition de ces médicaments en janvier 2027 », précisent-ils. En plus des participants à l'expérimentation, 100 000 patients seraient susceptibles de bénéficier de ces traitements selon les associations. Il s'agit notamment de personnes souffrant de douleurs neuropathiques réfractaires, de certaines épilepsies pharmaco-résistantes, de symptômes liés au cancer ou encore de situations palliatives.
« Chaque nouveau report prolonge des douleurs que les traitements disponibles ne parviennent pas à soulager », dénoncent les associations, évoquant des conséquences concrètes comme « des nuits sans sommeil, une autonomie réduite, une vie familiale et professionnelle bouleversée ». (Cannabis médical : échange avec une spécialiste de la douleur) La lettre ouverte alerte ainsi sur le risque que certains patients, faute d'accès médical « légal et sécurisé », se tournent « vers des circuits clandestins, sans garantie sur les produits ni accompagnement médical. » Toutes ces incertitudes et retards de calendrier pèsent sur le quotidien des patients : « On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête depuis cinq ans », résume Cyril Chappes. Et de poursuivre : « Ce combat est une énorme charge mentale pour nous. J'ai autre chose à faire que monter et gérer une association, je préférerais consacrer mon temps à autre chose. »
La crainte des échéances électorales
Les 14 organisations demandent donc au Premier ministre de faire publier « sans délai » les décrets et autres textes nécessaires. Elles réclament également un calendrier officiel précisant « les textes qui restent à publier, la date butoir d'achèvement des travaux de la HAS ainsi que celle des premières prescriptions ».
« A chaque fois qu'il y a une crise, des élections, d'autres priorités… Toutes les raisons sont bonnes pour repousser la signature d'un décret », assène Cyril Chappes. Les patients craignent que les échéances électorales relèguent un peu plus le dossier au second plan : « On essaye de mobiliser pour que les choses bougent avant 2027 », précise le président de CThérapeutique. Son association rappelle aussi le défi de l'accompagnement du secteur médical : « Il faudra briser la glace pour tout le monde et former un maximum de professionnels. Aujourd'hui certains patients de l'expérimentation font 1h30 de route pour récupérer leur médicament. »
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