Bien avant l'éducation inclusive, au commencement était l'éducation spéciale
Historiquement, l'éducation des personnes en situation de handicap a souvent été pensée, quand elle n'était pas purement et simplement éludée, en terme d'"éducation spéciale" ; ce qui signifiait que la plupart du temps quand un élève ne pouvait pas suivre un cours ou une scolarité "standard", il était souvent placé dans une institution spécialisée, sensée être adaptée à son handicap (et dans le pire des cas mis à l'écart de l'éducation).
Cette situation très peu favorable était le fruit de diverses causes :
- une absence d'intérêt social pour le sujet du handicap, souvent laissé à des institutions compassionnelles,
- un appareil éducatif très élitiste et tourné vers une mesure standardisée de la performance,
- une méconnaissance de certains handicaps qui a valu à de nombreux élèves de ne pas pouvoir suivre la scolarité à laquelle ils auraient pu prétendre (les troubles DYS, les troubles du spectre autistiques, les TDAH, etc ont souvent pâti de cette situation).
- etc.
Néanmoins, il convient de signaler que cette situation a permis aussi la création de quelques (bien trop rares pour répondre à tous les besoins) centres spécialisés ayant fourni des enseignements de qualité à leurs élèves, qui ont défrichés ces terrains et, contribués à la diffusion de bonnes pratiques sur le sujet (Citons par exemple les établissements travaillant dans le domaine de la surdité).
La prise de conscience autour du handicap et sa répercussion sur l'éducation
La prise de conscience autour du sujet du handicap dans nos sociétés ainsi qu'une meilleure compréhension de ceux-ci a ouvert la porte à une évolution de la façon d'enseigner.
Par exemple, un élève dyslexique qui était bien souvent, historiquement, considéré comme souffrant d'une déficience mentale, va se voir, aujourd'hui, mieux compris et devrait pouvoir accéder à un enseignement adapté qui lui permettra de suivre une éducation "normale", là où il aurait été rapidement "sorti du système" il y a encore quelques décennies
Cette évolution de la prise de conscience et de la compréhension a donc ouvert la porte à de nouvelles philosophies.
Dans un premier temps (grosso modo à partir des années 1970 en France avec la loi de 1975 et plus tard la loi d'orientation du 10 juillet 1989), on va parler d'intégration scolaire, le but étant, comme son nom l'indique, d'intégrer l'individu à l'intérieur du système scolaire (c'est à l'individu, à l'aide de dispositifs adaptés de se fondre dans la norme définie par le groupe).
Au tournant des années 2000 (Pour la France, cela se manifestera dans les textes via la loi de 2005), on va voir émerger la notion d'inclusion et donc pour l'éducation, celle d'école inclusive, c'est à dire la volonté de faire que l'institution et les participants s'adaptent aux besoins et aux capacités spécifiques de chaque individu.
Cette volonté éducative entraîne bien évidemment des adaptations dans le fonctionnement de l'institution scolaire avec
- la mise en place d'une pédagogie différenciée pour chaque élève
- le besoin d'une démarche d'orientation à installer dans la durée
- le fonctionnement d'un écosystème complexe entre l'apprenant, les enseignants, l'institution, et des professionnels externes
Notons que cette évolution ne concerne pas que la France, au niveau mondial on trouve des textes de référence sur le sujet, citons par exemple :
- en 1994, la Déclaration de Salamanque sur les principes, les politiques et les pratiques en matière d'éducation et de besoins éducatifs spéciaux de l'UNESCO,
- en 2006, la mention du droit à l'"éducation sans discrimination" dans Convention relative aux droits des personnes handicapées de l'ONU,
- en 2009, la publication par l'UNESCO de ses "Principes directeurs pour l'inclusion dans l'éducation".
Mise en oeuvre et interrogations sur l'école inclusive
La mise en place de l'école inclusive en France dans le système éducatif se fait autour de deux principes : l'accessibilité et la compensation, et nous vous invitons à lire l'article dédié à ce sujet ( Scolarité et handicap, quel cadre ? ) dans notre dossier Dossier - Scolarité, écoles et handicap .
Cette mise en place a suscité souvent bien des espoirs et a permis à de nombreux enfants de reprendre le chemin de l'école. Néanmoins il faut mentionner les interrogations et parfois les rejets qu'a pu aussi créer la notion d'école inclusive.
Au delà des difficultés, parfois très substantielles, d'organisations (financières, structurelles, administratives,...), une partie des objections qu'on peut lui faire s'articule souvent autour des deux dilemmes, définis par Brahm Norwich, professeur spécialisé en psychologie de l'éducation et besoins éducatifs particuliers :
- le dilemme de la différence, qui peut à la fois être vue comme un apport ou comme stigmatisation, paradoxe qui se pose particulièrement quand il faut catégoriser les élèves pour répondre au mieux à leurs besoins.
- le dilemme de l'intégration à la vie sociale qui peut créer des tensions entre la volonté de participation à la vie commune et le besoin ou la nécessité de protection pour certains élèves.
Et on peut le constater dans nos articles consacrés à ce sujet, ces injonctions parfois paradoxales divisent souvent, les enseignants, éducateurs spécialisés, parents et élèves.
Le sujet pose d'ailleurs de nombreuses autres questions parfois aussi paradoxales : l'accessibilité et la compensation qu'on a présenté comme les deux principes de l'école inclusive ne peuvent ils pas entrer en conflit (au moins financièrement) ? La massification de la solution n'est elle pas opposée à la prise en charge spécifique et individuelle ? La réponse doit elle être étatique ou déléguée aux institutions locales comme dans un modèle italien ?
Le succès de l'école inclusive est lui-même à mesurer via des outils encore largement à créer, basés sur des critères aussi complexes que la réussite scolaire, la réussite professionnelle, le bien-être, le niveau social des élèves en situation de handicap, du type de handicap des ESH, etc.
L'école inclusive est donc aujourd'hui encore largement "en formation", et on ne peut que lui souhaiter de réussir ses examens et son orientation pour le bien de ses élèves .
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