« Une honte », « des propos misérabilistes et dégradants », « supprimez-moi ça »... Les commentaires sous la vidéo « Galères de nuit » de l'association Valentin Haüy (AVH) se suivent et se ressemblent. C'est peu dire que cette production de trois minutes (trente secondes en version courte) a suscité de vives réactions.
Sensibiliser le grand public
Publiée à l'occasion de la Journée mondiale de la vue le 8 octobre dernier, cette vidéo « invite à changer de regard sur le handicap visuel » selon l'AVH. Cette association, qui agit pour l'autonomie des personnes aveugles et malvoyantes depuis 135 ans, indiquait vouloir « sensibiliser le grand public aux conséquences concrètes du handicap visuel et rappeler l'importance de construire une société toujours plus accessible et inclusive ».
Pour ce faire, cette campagne propose donc d'observer Philippe et Florence à travers leurs caméras de surveillance, un couple de personnes voyantes qui se réveille au milieu de la nuit. C'est d'abord l'homme qui se lève, sans allumer la lumière, pour descendre boire un verre d'eau. Il tâtonne les bras en avant, se cogne dans le bureau de sa chambre, fait tomber une lampe dans le couloir avant de tomber à son tour. Arrivé en bas, il fonce dans la caméra de surveillance, renverse son verre d'eau, chute à nouveau… La vidéo se termine par cette phrase qui s'affiche sur fond noir : « Vivre dans le noir, c'est compliqué. Imaginez y passer toute une vie. »
Une pétition signée par plus de 700 personnes
Dans une pétition, soutenue par plus de 700 personnes à ce jour, les signataires s'inquiètent d'une vidéo qui pourrait « renforc[er] les préjugés du grand public : la pitié, l'idée que nous sommes dépendants, incapables de vivre seuls ». Et de rappeler que « ces préjugés ont des conséquences concrètes, dans l'accès à l'emploi, au logement, et dans le regard porté sur nous au quotidien ». La pétition demande à l'association de retirer la vidéo et « d'associer des personnes déficientes visuelles à la conception de ses prochaines campagnes ».
Une "vidéo très caricaturale"
Interrogée par Handicap.fr, l'association Valentin Haüy indique qu' « à ce jour, la campagne reste diffusée » et que « des personnes déficientes visuelles ont été associées à la création de la campagne ». Elle souligne également que les personnes représentées à l'écran sont bien des personnes voyantes, un élément précisé en description de la vidéo ainsi que dans la version en audiodescription, mais pas dans l'autre version. La pétition pointe du doigt le fait que des « acteurs voyants » joueraient « le rôle d'une personne déficiente visuelle chez elle » et que l'image renvoyée ne correspondrait « pas à la réalité de la grande majorité des personnes aveugles et malvoyantes ». La confusion semble concerner plusieurs internautes qui dénoncent en commentaire une « vidéo très caricaturale, pas du tout représentative du handicap visuel » qui ferait « passer les déficients visuels pour des personnes débiles et incapables ».
"Un registre volontairement décalé"
Mais des critiques demeurent au-delà de ce malentendu. AVH assure en avoir « pris connaissance avec attention », regrettant que des personnes aveugles ou malvoyantes aient pu « se sentir blessées ou mal représentées ». « Nous les prenons au sérieux, sans pour autant partager l'appréciation selon laquelle la vidéo serait dénigrante ou renforcerait les préjugés sur les personnes déficientes visuelles », poursuit l'association.
« "Galères de nuit" ne prétend pas représenter le quotidien des personnes aveugles ou malvoyantes », justifie-t-elle. « Son parti pris consiste à mettre en scène des personnes voyantes dont les repères habituels sont momentanément bousculés, dans un registre volontairement décalé. » Les signataires de la pétition estiment, eux, que « chez nous, nous connaissons notre environnement, nous nous organisons et nous vivons de façon autonome, de jour comme de nuit ». Face à ces remarques, l'Association Valentin Haüy a voulu « préciser publiquement » sa démarche, notamment en commentaire de la vidéo sur YouTube. Elle assure rester « attentive aux critiques exprimées. Elles ont toute leur place dans le débat, et nous y répondons lorsqu'elles appellent une clarification. »
Crédit : Mélanie Gioanni / Change.org


