Implants : hommes et femmes face aux douleurs chroniques

Après le décès d'Arnaud Denis, victime de graves complications après une pose de prothèse pour hernie, le collectif Implant vaginal pointe des similitudes avec le parcours de certaines femmes : douleurs chroniques, errance et explantation complexe.

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chirurgiens en salle d’opération

« J'en ai fini avec la maltraitance médicale. » Trois ans après une chirurgie pour une hernie de l'aine, le comédien et metteur en scène Arnaud Denis est mort par euthanasie en Belgique, le 22 septembre 2026, à 43 ans. Opéré en juillet 2023, il avait reçu une prothèse en polypropylène et décrivait depuis un état d'invalidité sévère et des douleurs devenues insupportables. Son décès relance le débat sur les conséquences possibles de certains implants chirurgicaux et sur la prise en charge des patients confrontés à des complications durables.

« Les victimes des implants se reconnaissent dans son errance médicale »

Le rapprochement peut notamment être fait avec l'Asso DIVA Incontinence et prolapsuse, anciennement appelé collectif Implant vaginal, qui accompagne des femmes victimes de complications après la pose de bandelettes ou d'implants pelviens et que nous avions rencontré en 2024 (Implants vaginaux : ces femmes mutilées, handicapées à 50 %). « Ces implants sont du même matériau, le polypropylène, qui s'intègre dans nos chairs et qui n'est pas prévu pour être retiré en cas de complications », affirme Stéphanie Dupin, elle-même victime d'une bandelette sous-urétrale. Elle décrit des « érosions des organes avoisinants, infections, inflammations, douleurs chroniques, et donc une situation de handicap. » Reconnue handicapée à 50 %, la quinquagénaire explique que, dans son cas, le dispositif médical « lui a transpercé son urètre comme un fil à beurre ». « Les victimes des implants se reconnaissent dans son errance médicale, ses souffrances incomprises et son combat. Nous sommes tristes qu'il [Arnaud Denis, ndlr] nous ait quitté mais nous savons qu'il était à bout de force et que ses souffrances étaient atroces. Il est en paix maintenant. Pour lui comme pour Elodie et Carine, victimes des implants vaginaux qui nous ont également quittés », affirme Stéphanie Dupin.

Deux implants, un même matériau ?

Même si cette comparaison entre l'histoire d'Arnaud Denis et celle des femmes implantées (souvent suite à des descentes d'organes) doit être nuancée - tous les implants pelviens ou pariétaux n'étant pas constitués exactement de la même façon - dans les deux cas, le constat reste le même : manque cruel d'information préalable sur le caractère permanent du dispositif et absence de données sur ses risques majeurs. L'accès aux soins relève ensuite du parcours du combattant. « Le retrait est extrêmement compliqué. Pour les implants vaginaux, nous avons 27 centres référents créés en 2025, mais tous ne se valent pas, l'État ne leur alloue aucun moyen et les délais d'attente atteignent six mois à un an », déplore Stéphanie Dupin.

Côté masculin, la situation s'avère encore plus critique : il n'existe aucun centre expert pour les prothèses de hernie, plongeant les patients dans un vide médical complet. L'Assurance maladie confirme d'ailleurs que les implants de renfort utilisés pour certaines hernies sont le plus souvent synthétiques et non résorbables, donc destinés à rester durablement dans l'organisme. Elle mentionne parmi les complications possibles des douleurs persistantes plusieurs mois après l'intervention, des infections ou inflammations locales et des récidives. Ainsi, Arnaud Denis était finalement parti aux États-Unis en avril 2024 pour subir une explantation, pour un coût rapporté de 40 000 euros. Le Monde rapporte qu'aucun spécialiste français n'avait alors été en mesure de réaliser cette intervention. Les victimes se heurtent souvent au déni du corps médical, attribué à des facteurs psychologiques lorsque les bilans classiques restent normaux. Pour les implants pelviens féminins, la Haute autorité de santé (HAS) documente également des complications parfois sévères, notamment des érosions des tissus voisins, des infections et des douleurs chroniques, pouvant conduire à une explantation.

Une opération fréquente, mais pas sans risque

La hernie inguinale correspond à la sortie d'une partie du contenu abdominal à travers un orifice de la paroi au niveau de l'aine. Elle n'a rien à voir avec une hernie discale. En France, l'intervention est particulièrement courante : environ 150 000 fois par an (selon plusieurs sources), ce qui en fait l'une des chirurgies digestives et pariétales les plus fréquentes. La réparation peut être réalisée avec ou sans prothèse selon la situation. Les recommandations internationales HerniaSurge préconisent une réparation avec filet pour la majorité des patients, tout en reconnaissant qu'une réparation sans filet peut être envisagée chez certains patients après sélection et décision médicale partagée, avec une expertise chirurgicale adaptée. L'Assurance maladie rappelle de son côté que, dans certains cas de hernie totalement asymptomatique, une surveillance peut être proposée, tandis qu'une intervention est recommandée lorsque les symptômes apparaissent ou s'aggravent.

Quand le retrait devient la seule issue

C'est précisément sur l'après que les associations établissent leur parallèle. « Dans les deux cas, c'est l'errance médicale pour trouver un chirurgien capable de retirer ces implants », estime Stéphanie Dupin, qui décrit des patientes confrontées à des délais importants et à une expertise encore limitée pour les explantations. Pour les hernies, la prise en charge des douleurs chroniques peut également nécessiter une approche spécialisée et multidisciplinaire ; les recommandations internationales évoquent, dans certaines situations, la possibilité d'un retrait du filet ou d'une chirurgie des nerfs, mais ces interventions ne sont pas anodines. Le parallèle posé par les victimes porte donc moins sur une prétendue équivalence des deux chirurgies que sur une même question : comment informer avant l'implantation, surveiller les complications et garantir une prise en charge spécialisée lorsque le dispositif devient source de handicap ?

« Une roulette russe sanitaire » ?

« Il faut une enquête sur les conséquences du polypropylène, sa dégradation et son instabilité dans le corps. Si la sécurité ne peut être assurée, il faut suspendre ces implants par principe de précaution », réclame l'asso DIVA. Il demande notamment la création d'un registre national des victimes, une véritable prise en charge en ALD, ainsi qu'un accompagnement médical adapté face à ce qu'elles qualifient de véritable « roulette russe » sanitaire. Le sujet a de nouveau été porté à l'Assemblée nationale le 23 septembre 2026, au lendemain de la mort d'Arnaud Denis. La commission des affaires sociales a organisé une table ronde consacrée aux dispositifs médicaux gynécologiques, réunissant notamment l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), la HAS, la Direction générale de la santé, des chirurgiens et plusieurs associations de victimes, dont l'association Diva.

Lors de cette audition, les associations ont notamment insisté sur le caractère invalidant de certaines complications et sur les difficultés rencontrées pour obtenir une prise en charge adaptée. « Il y a des douleurs qui conduisent à l'euthanasie ou au suicide », a ainsi alerté Karine Prou, présidente de Diva, en évoquant plusieurs victimes.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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