« Plus que le handicap, c'est la solitude qui fait souffrir », entend-on dès les premières images du documentaire Les Habitants, à voir les 23, 25, 29 avril 2026 sur Canal +, également disponible sur l'application MyCanal dès le 23 avril. Pour contrer le fléau du « vide relationnel », le réalisateur Louis-Julien Petit a posé sa caméra dans les maisons Simon de Cyrène, association fondée en 1996. Une plongée au cœur d'un modèle de (micro)société où la différence n'est plus un tabou, mais le ciment d'une vie collective réinventée.
Loin des institutions classiques
En effet, dans ces maisons pas comme les autres, personnes handicapées ou non vivent ensemble, au quotidien. Courses, repas, tâches du quotidien, disputes parfois… mais surtout une vie partagée, loin des institutions classiques. D'ailleurs, une étude DDASS 92 de 2006 révélait que 95% des personnes voulaient quitter leur établissement ! Un chiffre qui n'a certainement pas dû baisser dans un contexte de crise du médico-social. Amaury et Yann, colocataires après un accident de vie, racontent cette bascule : « Ici, on retrouve une place, un rôle, une joie de vivre. » Le film s'attarde sur ces trajectoires fragilisées, mais jamais figées.
Une autre idée du "vivre ensemble"
Ni établissement médico-social, ni simple colocation, les maisons Simon de Cyrène inventent un modèle hybride. Une microsociété où la dépendance n'efface pas la réciprocité. « On s'aide, mais chacun apporte quelque chose », résume un habitant. Ce modèle interroge frontalement les politiques du handicap : faut-il forcément séparer les publics ? Peut-on penser des lieux de vie inclusifs sans les enfermer dans une logique de prise en charge ? Le documentaire esquisse des pistes, sans idéaliser.
Filmer la vulnérabilité sans filtre
Dans Les Habitants, pas de discours surplombant. La caméra s'invite dans les cuisines, les salons, les silences aussi. Elle capte la fatigue, les tensions, mais aussi les éclats de rire. Une approche qui évite l'écueil du misérabilisme comme celui de l'héroïsation. Le film donne à voir une réalité encore marginale en France, mais porteuse d'espoir. Un succès qui se confirme sur le terrain : depuis sa création en 2009, l'association a déployé 30 maisons partagées à travers l'Hexagone, offrant aujourd'hui un foyer à 1 000 résidents en situation de handicap. Une dynamique qui s'inscrit dans le projet global de la Sécurité sociale de créer 500 000 solutions de logement en habitat partagé d'ici 2050 pour accompagner la population vieillissante et lui laisser une alternative à l'Ehpad ou au maintien à domicile ( Handicap : 500 000 logements partagés en plus d'ici 2050? ).
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