Voter avec un handicap mental, un droit non négociable !

Elles l'assurent, les personnes déficientes intellectuelles vont faire valoir leur droit : voter ! Les membres de Nous aussi, réunis pour leur 8ème congrès national, ont déployé une série d'actions pour permettre à tous d'accéder aux urnes.

13 novembre 2018 • Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal'Secco

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« Je vote ». En 2018, c'est le credo de Nous aussi, association française qui, depuis 2002, milite pour l'autoreprésentation des personnes handicapées intellectuelles et compte 50 délégations dans toute la France. Son slogan : « Rien pour nous sans nous ! ». Tous les deux ans, elle réunit ses membres à l'occasion d'un grand congrès national. Le 9 novembre 2018, c'est Verdun qui accueille cette grand-messe, en pleine célébration du centenaire de l'Armistice. Samuel Hazard, maire de la ville, y voit plus qu'un symbole : « Le vivre ensemble, c'est ce qui fait la richesse d'une nation, des hommes et femmes qui viennent d'horizons divers, pensent aussi différemment et se respectent. »

Rien pour nous sans nous

Quelques jours auparavant, le 25 octobre 2018, le premier ministre, Edouard Philippe, a officialisé le fait que les personnes sous tutelle ne pourront plus être empêchées de voter sur décision d'un juge. 300 000 personnes en France sont encore privées de ce droit. Nous aussi n'a pas attendu cette annonce pour faire du droit de vote le thème de son 8ème congrès. Prendre la parole, prendre le pouvoir, c'est aussi avoir la liberté de glisser un bulletin dans une urne. Et à ceux qui prétendent que les personnes avec une déficience intellectuelle ne sont pas en mesure de faire un choix éclairé, Lahcen Er Rajaoui, président de Nous aussi, répond : « Ce n'est pas une question de capacité mais de droit, c'est notre libre arbitre. » Ce « droit » inaliénable est en effet inscrit dans l'article 29 de la Convention internationale des personnes handicapées de l'Onu, pourtant ratifiée par la France en 2010. Mais il a aura fallu des décennies, à la faveur du militantisme des associations, pour qu'il devienne, enfin, effectif.

Des discours en FALC

Tout au long de la journée, les interventions se succèdent, au tempo du FALC (facile à lire et à comprendre). Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat au Handicap, déroule un discours « simplifié ». Des tables rondes aussi, où l'on comprend tout ce qui est dit…  Actualité oblige, en vue des élections européennes de mai 2019, la première est dédiée à l'Europe. Des vidéos en FALC permettent de passer en revue l'utilité et le fonctionnement des institutions de l'Union. L'après-midi est plus « pratique ». « Ok pour le droit de vote, affirme Luc Gateau, président de l'Unapei, qui soutient Nous aussi et participe aux travaux menés par l'Europe sur cette question. Mais, maintenant, il faut le rendre accessible et lutter contre les préjugés. » Lahcen, confirme : « Certains d'entre nous ne savent pas comment voter. Nous voulons avoir accès à l'info, aux programmes, aux discours, aux meetings et au vote en lui-même. Le droit de vote sans accessibilité et accompagnement est une discrimination ». Il invite les membres de l'association à s'inscrire sur les listes électorales le plus rapidement possible.

Des actions en cours

Les délégations Nous aussi sont déjà à pied d'œuvre. Celle de Bretagne met en place une grande enquête sur les questions à poser aux candidats (sur le site de l'asso ou en version papier à renvoyer). Un guide « Le vote pour tous » est également en cours, ainsi qu'une application sur mobile construite comme un jeu pour que les personnes « empêchées de voter » puissent s'entraîner et trouver toute info utile, qui sera mise en ligne avant les élections européennes. L'association entend également réfléchir sur la façon dont les bureaux de vote peuvent être aménagés, proposant, par exemple, de mettre une photo des candidats devant la pile de bulletins ou encore la traduction des programmes électoraux en FALC, des vidéos pédagogiques. Ses membres assurent « ne pas manquer d'idées ». Partout, des affiches sont placardées : « Je vote », un mode d'emploi imaginé en BD par l'association. De son côté, Handéo a récemment publié un guide d'une quarantaine de pages : « Comment favoriser l'accès au vote des personnes handicapées » (article en lien ci-dessous). Dans les stands du congrès, Sophie Cluzel découvre une machine inédite : Vot'Matic. Cet appareil de vote électronique permet d'afficher les photos de candidats, d'être guidé par un message audio et propose un clavier adapté. Il sera testé grandeur nature le lendemain dans le cadre de l'élection des délégués de Nous aussi. Une grande journée est prévue pour présenter ces outils et annoncer les résultats de l'enquête. Ces actions seront mises en œuvre avec les mairies participantes, permettant ainsi de dresser un premier bilan avant les municipales de 2020.

Des villes s'engagent

Des villes promettent de s'engager… Le maire de Verdun assure vouloir être pilote dans la région : « C'est la responsabilité de l'élu de favoriser ce devoir de citoyenneté ». De son côté, l'association des maires du Nord a promis d'assurer la médiatisation de l'affiche. Nicolas Nordman, adjoint à la maire de Paris en charge du handicap, explique à son tour que la Capitale travaille à l'accessibilité de l'information des personnes avec un handicap intellectuel, notamment avec des infos en FALC sur son site. Un groupe de travail dédié a d'ailleurs été créé et promet de diffuser l'affiche dans tous les bureaux parisiens, d'assurer la formation des personnes qui surveillent le scrutin mais également des résidents au sein des établissements médico-sociaux. Enfin, il entend sensibiliser les candidats à l'accessibilité des documents de campagne. Le jour J, une signalétique sera proposée aux votants en situation de handicap mental pour comprendre les modalités du vote.

Citoyens à part entière

Il y a dans cette assemblée -plus de 700 personnes-, une incroyable énergie, l'envie d'aller de l'avant, de faire entendre des voix trop longtemps tues. « On est intelligent. Ce n'est pas parce qu'on a un handicap qu'on ne peut pas voter », affirme Florence Jablonski, déléguée Nous aussi région Est-Vesoul (voir vidéo ci-dessous). « Moi j'ai déjà le droit de vote mais pour ceux qui ne l'ont pas, ça va être un grand changement », poursuit Elodie Lestrenin, une adhérente. Pour tous, la même évidence : « Le droit de vote, c'est maintenant ! », sans condition, sans négociation, sans justification. Des citoyens à part entière, enfin !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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