Emploi : être sénior et handicapé, la double peine ?

Passé 50 ans, retrouver ou conserver un emploi relève souvent du défi. Lorsqu'au critère de l'âge s'ajoute un handicap, les obstacles se multiplient. Témoignages et chiffres illustrent une réalité encore largement invisibilisée.

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Homme âgé portant des lunettes, levant les yeux alors qu'il cherche un emploi

« Après 50 ans, avec un statut de travailleur handicapé et un problème de santé psychique reconnu ou en cours de reconnaissance, je sais que les portes se ferment plus facilement qu'elles ne s'ouvrent. » Des récits comme celui de Corinne, Handicap.fr en a reçu des dizaines à la suite de son appel à témoignages publiés le 1er juillet 2026. Preuve de l'ampleur d'un phénomène longtemps invisibilisé.

« Trop âgé », « pas assez mobile », « trop de contraintes »… Pour de nombreux demandeurs d'emploi en situation de handicap, les refus s'accumulent sans toujours être formulés clairement. À plus de 50 ans, l'âge devient un frein. Avec un handicap reconnu, il se transforme parfois en véritable impasse. « Après trente ans de carrière, je n'ai obtenu que quelques entretiens, sans suite. Mon handicap revenait toujours dans les échanges, même lorsqu'il n'avait aucun impact sur le poste », témoigne Thierry. D'autres racontent des reconversions imposées après un accident de la vie, une maladie chronique ou l'apparition d'un handicap devenu incompatible avec leur métier d'origine.

Cette réalité intervient alors que les derniers chiffres de l'Agefiph montrent des progrès encourageants, avec un taux de chômage des personnes handicapées ramené à 11,5 % en 2025 (Emploi et handicap : des progrès, mais le retard persiste). Mais ce taux reste près de deux fois supérieur à celui de l'ensemble de la population active, et le chômage de longue durée demeure particulièrement marqué chez les seniors en situation de handicap.

Une discrimination qui se cumule

Le handicap et l'âge se renforcent mutuellement dans les parcours professionnels. Ainsi, plus de la moitié des actifs handicapés sont des seniors : 51 % des bénéficiaires de l'obligation d'emploi (BOE) qui travaillent dans le secteur privé ont 50 ans ou plus. À titre de comparaison, les seniors ne représentent que 31 % de l'ensemble des actifs (tout public) en emploi, selon l'Insee (chiffres 2024).

Paradoxalement, les personnes interrogées évoquent un sentiment d'invisibilité, des compétences insuffisamment reconnues, beaucoup de préjugés et une grande difficulté à convaincre les recruteurs. « On me disait que j'avais trop d'expérience… C'était une façon polie de dire que j'étais trop vieux », résume un ancien cadre devenu travailleur handicapé après un problème de santé. Kristof, 51 ans, ancien militaire reconnu handicapé après un syndrome de stress post-traumatique (SPT) s'est entendu dire par un médecin psychiatre, présent lors d'un comité médical organisé par son employeur : « lorsqu'on a un SPT, on ne devrait pas travailler et encore moins être chef d'équipe. Ce n'est pas compatible ». Des paroles qui l'ont « littéralement détruit ». Dans son 17e baromètre sur la perception des discriminations dans l'emploi publié en décembre 2024, le Défenseur des droits déclarait ceci : « de nombreuses études révèlent que ce sont les seniors qui sont le plus souvent victimes de discriminations dans le cadre de recrutements, mais aussi en matière de promotion et d'accès à la formation ».

« Comme si le statut RQTH justifiait une rémunération au rabais »

À ces difficultés s'ajoutent parfois des contraintes médicales, des restrictions d'aptitude ou des besoins d'aménagement qui peuvent inquiéter certains employeurs, malgré les aides existantes. Les handicaps invisibles, les maladies invalidantes ou les troubles psychiques restent, eux aussi, source de nombreux préjugés. Résultat : les reconversions s'allongent, les périodes sans emploi se multiplient et certains finissent par quitter durablement le marché du travail avant même l'âge de la retraite. « Les employeurs hésitent à investir dans une reconversion ou un aménagement de poste pour quelqu'un qui approche la fin de sa carrière. Le sujet du harcèlement moral ou du burn-out reste, lui aussi, trop souvent tabou ou suspect aux yeux des recruteurs. On se retrouve à devoir prouver deux fois plus sa valeur, pour un salaire souvent inférieur et deux fois moins de perspectives. Souvent, il faut porter seul cette charge, entre les démarches médicales, administratives et juridiques qui s'accumulent », déplore Corinne, assistante commerciale, qui touche un « salaire inférieur à ce qu'elle vaut réellement, comme si le statut RQTH justifiait une rémunération au rabais ».

Après 50 ans, la menace de la placardisation

Certains vont même jusqu'à dénoncer une « placardisation », comme Laure, 54 ans et infirmière depuis trois décennies auprès d'enfants handicapés, en a fait la douloureuse expérience après un traumatisme cervical. « Vingt-trois ans d'expertise dans le même établissement, et le seul reclassement qui m'a été proposé fut un poste à répondre au téléphone et trier le courrier, en perdant un quart de mon salaire net », confie-t-elle. Face à cette proposition déclassante, le refus l'a menée droit au licenciement pour inaptitude. Une situation paradoxale pour cette professionnelle du soin, qui se heurte désormais aux critères administratifs : « France Travail me refuse les aides à la formation car je suis jugée trop diplômée (Bac+3). En bref, trop diplômée pour être formée, mais pas assez pour retrouver du travail dans mon nouvel état physique. »

Maintien dans l'emploi : un défi encore sous-estimé

La « double peine » ne concerne pas uniquement les personnes en recherche d'emploi. Beaucoup peinent également à conserver leur poste lorsque leur état de santé évolue après 50 ans. Fatigue chronique, limitations physiques ou maladies dégénératives rendent parfois nécessaire une adaptation du poste, une formation ou une mobilité interne qui n'est pas toujours proposée. C'est le cas de Nathalie, 58 ans, diagnostiquée d'un Syndrome d'Ehlers-Danlos hypermobile (SEDh) après plus de 30 ans d'errance médicale. Elle décrit une carrière marquée par l'épuisement et les reconversions forcées, auxquelles se sont ajoutées des formes de « maltraitance managériale », puis administrative. Gouvernante d'Ehpad en 2020, elle subit les remarques « blessantes et humiliantes » de sa directrice d'établissement, notamment sur sa « boiterie », ses difficultés à marcher, à se baisser et se relever, le fait qu'elle prenait « l'ascenseur ». Poussée à bout, la quinquagénaire finit par démissionner du poste un an plus tard, « malgré la précarité » de sa situation. Aujourd'hui reconnue RQTH, Nathalie est maintenue en arrêt maladie « sans salaire ni indemnités » dans l'attente d'un recours auprès de la CPAM.

« Qui embauche encore à 58-59 ans ? »

Sur le papier, les dispositifs existent. En 2025, près de 27 900 personnes handicapées ont pu être maintenues dans l'emploi grâce aux interventions de Cap emploi, de l'Agefiph et du FIPHFP, soit une hausse de 5 % en un an. Les aides à l'aménagement des postes, les bilans de compétences, l'emploi accompagné ou encore les formations de reconversion constituent autant de leviers encore insuffisamment connus. Mais dans la réalité, « qui embauche encore à 58-59 ans ? » interroge Nathalie. « À 56 ans, je souhaite simplement pouvoir continuer à travailler dans un métier compatible avec mon état de santé », interpelle Isabelle, vivant avec une maladie auto-immune.

Miser sur l'expérience plutôt que sur les préjugés

Face au vieillissement de la population active et aux difficultés de recrutement dans de nombreux secteurs, les spécialistes appellent à changer de regard. L'expérience, les savoir-faire et les capacités d'adaptation des salariés de plus de 50 ans représentent un atout, y compris lorsqu'ils vivent avec un handicap. Encore faut-il que les entreprises dépassent les idées reçues et mobilisent les dispositifs existants. « Pour les seniors, les personnes de plus de 45 ans, le sujet est celui du maintien dans l'emploi. Avec le vieillissement, des situations de handicap physique et psychique peuvent s'aggraver ou émerger du fait par exemple d'une maladie invalidante. Nous pouvons actionner des leviers pour travailler sur ce maintien, notamment dans le cadre du nouveau Plan santé au travail dans le cadre duquel l'Agefiph est activement engagée », expliquait en 2024 Christophe Roth, alors président de l'Agefiph.

Pour les personnes concernées, il est également essentiel de solliciter le plus tôt possible les acteurs spécialisés, Cap emploi, Agefiph, médecine du travail ou services RH afin d'anticiper les besoins d'aménagement, sécuriser le maintien dans l'emploi ou construire une reconversion. Car derrière les statistiques, chaque parcours rappelle qu'âge et handicap ne devraient jamais condamner une carrière, mais inviter à repenser les conditions d'accès et de maintien dans l'emploi.

© SIphotography de Getty Images / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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