Former les pompiers à l'autisme : un enjeu vital

À Courdimanche dans le Val-d'Oise, les sapeurs-pompiers se forment à l'autisme. Objectif : mieux comprendre ce trouble du neurodéveloppement et adapter leurs interventions face à des situations d'urgence parfois déstabilisantes.

• Par

« Pour vous, est-ce que l'autisme est une maladie ? ». À cette question posée en ouverture de formation, la réponse des sapeurs-pompiers de Courdimanche, dans le Val-d'Oise, est unanime : « Non ». Si le concept est intégré, la pratique de terrain, elle, reste un défi. En intervention, chaque seconde compte, mais face à une personne autiste, l'urgence se heurte parfois à l'incompréhension. Cris, absence de contact visuel ou réactions sensorielles imprévisibles : comment agir quand les codes habituels ne fonctionnent plus ? Au Service départemental d'incendie et de secours du Val-d'Oise (SDIS 95), une formation inédite a donc été mise en place en partenariat avec la Fondation John Bost, à l'approche de la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme du 2 avril. L'objectif est clair : transformer des situations à risque en interventions mieux maîtrisées, plus humaines et plus efficaces.

Comprendre pour mieux intervenir

Loin d'un cours théorique d'une matinée, le module plonge les pompiers dans la réalité des troubles du spectre de l'autisme (TSA). Particularités sensorielles, communication non verbale, réactions au stress… autant de paramètres essentiels pour éviter les maladresses. « Au premier abord, on peut croire que la communication est inexistante », confie un pompier formé. « Mais en comprenant comment la personne perçoit nos gestes ou nos paroles, on crée du lien. » Les consignes sont concrètes : éviter les gestes brusques, limiter les stimuli (lumière, bruit), parler lentement. Des détails en apparence, mais qui peuvent faire basculer une intervention.

Des situations encore trop mal anticipées

Aujourd'hui, les pompiers reconnaissent être parfois démunis face à ces situations. D'autant que certaines contraintes légales, comme l'encadrement strict de la contention, complexifient les prises en charge lorsque la personne est en crise. « Ce sont des interventions de plus en plus fréquentes et toujours délicates », souligne un pompier. Le risque ? Une escalade de la situation, pouvant mettre en danger la personne autiste comme les secouristes. La formation insiste aussi sur un réflexe clé : s'appuyer sur les proches ou les professionnels présents. « Ce sont eux qui connaissent le mieux les modes de communication de la personne », rappelle Caroline Blondel, directrice médical adjointe de la Fondation John Bost dans le 95.

Vers des pratiques de secours plus inclusives

Déjà 27 formateurs ont été sensibilisés dans le Val-d'Oise, avec un objectif : diffuser ces connaissances dans toutes les casernes. Une montée en compétences progressive, pensée pour s'ancrer durablement dans les pratiques. Au-delà de l'autisme, c'est toute la question du handicap en situation d'urgence qui se pose. Adapter son intervention, ralentir parfois pour mieux agir : un changement de culture pour des métiers où la rapidité est la norme. « Prendre le temps, c'est aussi garantir le bien-être de la victime », résume un pompier.

©Clotilde Costil

sapeurs-pompiers de dos lors d’une formation
Partager sur :
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Blue sky
  • Twitter
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.