« On entre dans un secteur protégé parce que le système immunitaire du patient est très affaibli, et que le risque d'infection est important », explique le Médecin en Chef Nicolas, responsable du service à l'hôpital militaire de Percy (Clamart), après avoir passé plusieurs portes qui mènent au Centre de traitement des grands brûlés (CTB). Tenue médicale intégrale et charlotte sont de rigueur. Les règles de visite sont strictes, et il n'y a qu'un seul patient par chambre. Le calme est parfois entrecoupé d'alarmes visant à alerter les anesthésistes-réanimateurs de dégradations soudaines de l'état des malades.
Des missions variées
Il est 8 heures ce matin-là, le Médecin en Chef Nicolas sort de garde et l'équipe des sept anesthésistes-réanimateurs se réunit avec les trois internes. Le tour des chambres va commencer pour que chacun prenne connaissance de ce qu'il s'est passé pendant la nuit et des éventuels changements thérapeutiques à prendre en compte. Dans cette unité, les médecins se répartissent chaque jour des missions plus variées que dans un service de réanimation classique : certains examinent les malades et font les prescriptions, d'autres sont responsables de pansements complexes qui nécessitent une anesthésie générale, quelques-uns sont au bloc opératoire aux côtés du chirurgien plasticien. L'après-midi, le centre est ouvert à des consultations pour les brûlures qui ne nécessitent pas une hospitalisation, mais suffisamment importantes pour mener parfois à une petite opération.
Tournée des chambres
« Monsieur M., il se plaint surtout de troubles de sommeil. On lui a parlé d'un médicament qu'il accepte d'essayer. Le temps est long, ça fait 110 jours qu'il est là », résume le chef de service devant la première chambre. Selon la gravité de la brûlure, le séjour du patient dure plus ou moins longtemps : la durée moyenne de prise en charge est de trente jours, mais certains partent au bout de deux semaines quand d'autres restent plus d'un an.
Quelques chambres plus loin, Monsieur C. est arrivé il y a une dizaine de jours, et 12 % de sa surface cutanée est brûlée. Il n'est pas considéré comme en danger. Un des patients dans l'état le plus grave, Monsieur S., est lui entièrement plâtré ; seuls ses doigts de pied dépassent. « J18 de sa brûlure, déjà opéré cinq fois. Il a fait un choc septique (urgence vitale caractérisée par une chute de la pression artérielle, ndlr). Il est en déshydratation sévère. Sur le plan local, une bonne progression sur le visage, on verra ce qu'il faudra opérer », décrit le Médecin en Chef Nicolas. À 85 % de brûlures, ses chances de survie sont très faibles.
Des pansements complexes
Un des médecins s'extraie du groupe pour entrer dans la chambre de Mme K. avec deux infirmiers et trois aides-soignants. Aujourd'hui, il faut changer ses pansements. La jeune femme de 16 ans est entrée au centre depuis bientôt trois semaines, et a déjà été opérée deux fois de brûlures au visage. « On a l'habitude de suivre l'évolution des brûlures pour voir si on peut planifier une intervention chirurgicale », récapitule le Médecin en Chef Nicolas. Dans les hôpitaux, d'ordinaire, les médecins prennent un rendez-vous à la salle d'opérations pour réaliser des pansements aussi douloureux. Au centre de traitement des brûlés, les chambres sont équipées d'un plafond soufflant pour éviter les microbes, comme c'est le cas au bloc opératoire. Cette spécificité permet de réaliser directement cette opération dans les chambres des patients.
Un patient au bloc opératoire
Après le tour des neuf chambres occupées sur les douze disponibles, l'équipe se disperse et le Médecin en Chef passe au bloc. Il salue le chirurgien plasticien qui arrive, les infirmiers et les aides-soignants finissent de nettoyer les brûlures avec des bandes antiseptiques. « On verra leur profondeur, et si le patient nécessite une greffe ou pas », commente-t-il. La première action chirurgicale est de retirer la peau brûlée jusqu'à atteindre la peau saine. Trois fois par semaine, deux interventions sont réalisées. « Plus le patient a perdu de la peau, plus vite il se refroidit. Donc les chirurgies se font sous 28 degrés, c'est très éprouvant pour les médecins, surtout que les opérations sont longues », explique-t-il. Monsieur G. est arrivé il y a trois jours. Victime d'un accident de la route en moto, il est passé sous une camionnette qui l'a trainé sur 100 mètres. Les pots d'échappement du véhicule lui ont brulé le torse, et le dos est profondément écorché – ce que les spécialistes appellent une « pathologie apparentée à la brûlure ».
Différentes causes de brûlure
Ces dernières concernent environ 10 % des patients pris en charge. Pour le reste, la majrotié sont des brûlures thermiques : « elles représentent 80 % des brûlures, sous l'effet de la chaleur par flamme, par liquide ou par contact avec un objet brûlant », détaille le chef de service du CTB. 5 % sont chimiques, souvent des accidents du travail. Les derniers 5 % sont dues à une électrisation. Le courant passe notamment par le sang et touche parfois le cœur, ce qui peut mener à l'arrêt de l'oxygénation du cerveau. Le patient peut alors se trouver en coma végétatif.
Les soins palliatifs
Les soins palliatifs font en effet partie de l'activité du service. Pour les brûlures très profondes et étendues, quand la surface de peau disponible rend difficile les greffes, le risque de survie est faible. « Ce n'est pas éthique de continuer une réanimation intensive quand c'est vain. C'est prolonger inutilement la souffrance du patient et de sa famille », détaille le chef de service. Pour ne pas risquer de faire d'acharnement thérapeutique, les anesthésistes-réanimateurs du CTB se réunissent avec d'autres spécialistes de l'hôpital pour prendre la décision de manière collégiale.
Le ballet des soignants
Les allées et venues se multiplient en cette fin de matinée. L'unité des grands brûlés est un service où collaborent des spécialistes d'autres services de l'hôpital qui se déplacent quotidiennement au chevet des malades. « C'est cette organisation qui a permis le plus de progrès pour augmenter les chances de survie, avec le perfectionnement des médicaments et des machines », explique le Médecin en Chef Nicolas après avoir salué une kinésithérapeute. En plus des chirurgiens, se croisent quotidiennement des kinés et des médecins MPR (Médecine Physique et de Réadaptation, ndlr), des psychologues et des psychiatres, et des diététiciens pour définir le régime calorique nécessaire après l'arrêt de la transfusion…
Le téléphone sonne et une anesthésiste-réanimatrice du service décroche. Les pompiers sont en chemin pour amener une nouvelle malade. Après avoir noté la description des brûlures, elle appelle un des infirmiers : il faut préparer le matériel nécessaire pour effectuer la première intervention d'urgence.
©Hôpital militaire de Percy


