Jai Arrow, 31 ans, quitte le terrain: le rugby face à la SLA

À 31 ans, Jai Arrow vient de vivre son dernier match de rugby après un diagnostic de maladie de Charcot. Un cas qui rappelle ceux de Rob Burrow, Doddie Weir, Lewis Moody et ravive une question : le rugby de haut niveau expose-t-il davantage à la SLA?

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Jai Arrow quitte le terrain

« Il n'y avait pas un œil sec dans le stade. » Le 4 septembre 2026, plus de 41 000 spectateurs ont assisté au dernier match de Jai Arrow avec les South Sydney Rabbitohs. Diagnostiqué d'une maladie du motoneurone à seulement 30 ans, le joueur de rugby à XIII a dû mettre un terme à sa carrière quelques mois plus tôt. Une dérogation exceptionnelle de la National rugby league (NRL) lui a permis de revenir brièvement sur le terrain pour atteindre les 100 matchs avec son club. Après son entrée en jeu, l'Australien a quitté la pelouse sous une pluie d'applaudissements, côté public et côté coéquipiers. En dix ans de carrière, l'international du Queensland avait disputé 178 rencontres de NRL. 

Une longue liste de rugbymen touchés

Jai Arrow n'est pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs figures du rugby ont été diagnostiquées d'une sclérose latérale amyotrophique aussi appelée maladie de Charcot : le Gallois Rob Burrow, l'Écossais Doddie Weir, le Sud-Africain Joost van der Westhuizen, son compatriote Tinus Linee, l'Anglais Ed Slater ou, plus récemment, le champion du monde 2003 Lewis Moody. En France, l'ancien joueur amateur Cédric Mounal est également décédé en juin 2026 après avoir vécu avec une SLA diagnostiquée en 2022. Cette succession de cas nourrit l'impression d'une surreprésentation des cas de SLA dans ce sport collectif. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un lien de causalité.

Des chiffres qui interrogent

Les études, elles, commencent à apporter des éléments plus solides. Une vaste étude publiée en 2022 dans le Journal of neurology, neurosurgery & psychiatry et réalisée sur d'anciens internationaux écossais de rugby à XV a suivi 412 joueurs pendant environ 32 ans et les a comparés à 1 236 personnes de la population générale. Les anciens rugbymen présentaient un risque plus de deux fois supérieur de développer une maladie neurodégénérative ; pour les maladies du motoneurone, l'association atteignait jusqu'à 15 fois le risque observé dans le groupe témoin.

Une étude européenne publiée en 2023 a, de son côté, retrouvé une probabilité de diagnostic de SLA 76 % plus élevée chez les hommes pratiquant un sport de contact, notamment le rugby, la boxe, le hockey ou le football. Mais les chercheurs soulignent eux-mêmes que ces travaux montrent une association et non une preuve que les chocs provoquent la maladie.

Chocs répétés : une piste, pas une certitude

Pourquoi le rugby est-il particulièrement scruté ? Les plaquages, collisions et impacts répétés à la tête et au niveau cervical constituent une piste privilégiée. Une revue publiée en 2026 dans le British Journal of Sports Medicine, portant sur 45 études, estime que la pratique professionnelle de sports à fort impact, notamment ceux exposant à des « coups répétés de la tête », pourrait être associée à un risque de maladie du motoneurone 4 à 15 fois supérieur. Mais ses auteurs insistent sur une limite majeure : les données restent principalement corrélationnelles et ne permettent pas d'établir une causalité.

Autrement dit, le rugby pourrait constituer un facteur parmi d'autres, chez des personnes présentant une susceptibilité particulière, sans être « la cause » de la SLA. Cette prudence rappelle celle déjà soulevée autour des commotions cérébrales : les microtraumatismes répétés sont désormais considérés comme un enjeu majeur de santé des sportifs, notamment pour les troubles cognitifs et psychiques, mais les mécanismes à long terme restent complexes (Commotions cérébrales : le choc invisible des sportifs). Des associations de prévention comme Nice Brain, basée dans les Alpes-Maritimes, appellent à renforcer la prévention et l'encadrement de ces pratiques à risque.

Le haut niveau, à quel prix ?

La question dépasse donc le seul cas de Jai Arrow. Elle interroge un modèle sportif fondé sur l'intensité, la répétition des entraînements et l'acceptation d'un certain niveau de risque physique. Lewis Moody, lui-même diagnostiqué d'une maladie du motoneurone à 47 ans, reconnaît avoir « été très conscient des risques » liés au rugby et aux collisions répétées, tout en estimant que cela ne permet pas de conclure que son sport a provoqué sa maladie. Pour les chercheurs, l'enjeu est désormais de mieux comprendre ce qui distingue les sportifs qui développent une maladie neurodégénérative des autres. En attendant des réponses définitives, la réduction des impacts à la tête et des traumatismes apparaît comme une piste de prévention qui, elle, ne fait pas débat.

©ssfcrabbitohs – Instagram

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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