JOP2024 : handicap mental et sport, encore trop d'obstacles?

Sous-représentation des athlètes, manque d'accessibilité pour les spectateurs... A 3 mois des Jeux paralympiques de Paris 2024, une asso s'inquiète des obstacles qui jonchent le parcours des personnes avec un handicap intellectuel dans le sport.

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Jeune fille avec trisomie, le regard vide, pose ses bras sur un saut d’obstacle.

Près de 350 000 personnes en situation de handicap du monde entier déferleront en France à l'occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. « Qu'ils soient athlètes ou spectateurs, le pays est-il prêt à les accueillir ? », s'interroge l'Unapei. Cette association de proches de personnes avec un handicap mental se dit « inquiète » et relève « d'importants manquements ». A un peu plus de trois mois de l'échéance, elle titre la sonnette d'alarme : « Promouvoir l'accès au sport de haut niveau oui, mais pour tous ! »

Ce scandale qui a entaché le sport adapté

Ce mouvement citoyen de 900 000 personnes pointe tout d'abord les « nombreux obstacles » auxquels sont confrontés les athlètes en situation de handicap intellectuel. Tout commence en 2000, lors des Jeux paralympiques de Sydney (Australie). L'équipe masculine de basket espagnole compte dans ses rangs de « faux » athlètes avec handicap mental. Sur doux joueurs, dix sont en réalité « valides ». Cette fraude aura de lourdes conséquences sur l'entraîneur mais pas seulement... Qualifié de « difficile à estimer », ce handicap est exclu de la compétition jusqu'en 2009.

Un handicap « difficile à estimer »

« Tout un travail a été mis en place pour définir une éligibilité, afin de déterminer qu'un athlète présente bel et bien une déficience intellectuelle, ainsi qu'une classification, afin de démontrer qu'elle a bien un impact dans sa pratique sportive », explique Marc Truffaut, président de la Fédération française du sport adapté (FFSA).

Entre 0 et 3 disciplines selon le handicap (mental)

Toutefois, ces athlètes sont encore limités dans leur pratique ne pouvant concourir que dans trois disciplines : athlétisme, natation et tennis de table. Par ailleurs, ils sont les seuls à n'être représentés que dans une seule catégorie : « déficience intellectuelle ». Pire, les athlètes porteurs de trisomie 21 sont totalement exclus. « Leur handicap devrait correspondre (théoriquement) à la catégorie S14 mais, du fait de leurs troubles intellectuel et physique, ils ne se retrouvent dans aucune », précise l'Unapei. « Selon le Comité international paralympique (IPC), rien ne les interdit de participer aux Jeux, ajoute Marc Truffaut. Toutefois, ce 'sur-handicap' ne leur permet pas de réaliser les performances nécessaires pour se qualifier. Il y en avait à Londres en 2012 mais le niveau a beaucoup augmenté depuis... »

Alpes 2030, les 1ers Jeux « réellement universels » ?

Pour changer la donne, la FFSA sensibilise à tour de bras, brisant un à un les préjugés sur le sport adapté. « L'enjeu est de démontrer que les personnes avec un handicap mental ou une trisomie 21 ont une vraie expertise et performent, comme les autres athlètes ! Ils le prouvent d'ailleurs sur les circuits national et mondial », souligne Marc Truffaut. Il espère, d'ici aux Jeux paralympiques d'hiver de 2030, qui se dérouleront dans les Alpes françaises, pouvoir intégrer les athlètes avec une trisomie via l'ouverture d'une nouvelle « classe » mais aussi plus d'épreuves pour les autres sportifs avec un handicap mental. Comment compte-t-il s'y prendre ? La réponse dans son interview complète : Jeux para: pourquoi le handicap mental est-il sur la touche?.

Le patron du sport adapté se dit « plutôt confiant car les présidents de région, le Comité paralympique et sportif français et le ministère des Sports, revendiquent le fait de vouloir organiser, dans six ans, les premiers Jeux 'réellement universels' ».

Garantir l'accessibilité aux spectateurs

Cette « universalité » passe aussi par l'accessibilité des compétitions à tous les spectateurs, et notamment ceux avec un handicap mental. Sur ce point, l'Unapei attend des « garanties ». Trois axes prioritaires, selon elle : livrer une information accessible (attester le cheminement des personnes ayant des difficultés cognitives vers et dans les enceintes sportives, traduire les différents supports de communication en Facile à lire et à comprendre) mais aussi proposer des places aux accompagnateurs dans les stades ou les gradins réservés. L'Unapei insiste également sur le fait d'offrir « un accueil de qualité », via la sensibilisation et la formation de l'ensemble des professionnels et volontaires engagés pour les Jeux (sécurité, communication, accompagnement). « C'est absolument essentiel ! », martèle Marc Truffaut.

© Canva / DenisKuvaev

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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