L'écholocation : demain, verra-t-on grâce aux sons ?

Et si le son devenait une nouvelle voie pour " voir " ? De l'écholocation humaine aux ultrasons capables de stimuler la rétine ou le cerveau, la recherche avance. Mais une question demeure : pour quand une vision réellement fonctionnelle ?

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Personne aveugle qui tend l’oreille

Un claquement de langue, un écho… et une image mentale de l'espace se dessine. L'espoir d'utiliser l'acoustique pour cartographier l'espace gagne du terrain, qui repose elle-même sur l'idée, communément admise, que les personnes aveugles ou malvoyantes ont un sixième sens lorsque la vue vient à manquer. L'écholocation humaine permet en effet à certaines personnes aveugles de repérer des obstacles et de se déplacer en utilisant les sons renvoyés par leur environnement.

Une étude publiée en mars 2026 dans eNeuro, menée auprès de quatre personnes aveugles expertes et de 21 personnes voyantes, montre que les participants aveugles précoces atteignent jusqu'à 88 % de précision dans la localisation d'une source sonore, contre 51 % chez les voyants dans l'expérience. Leur cerveau semble intégrer progressivement les échos successifs plutôt que de sélectionner un seul signal. Une capacité qui pourrait être davantage enseignée et inspirer de nouvelles aides auditives. Mais attention au raccourci : l'écholocation n'est pas encore une restauration de la vue. Et les recherches de l'Institut de la Vision vont plus loin, en explorant non pas seulement les sons audibles, mais les ultrasons comme moyen de recréer une perception visuelle.

Des ultrasons pour transmettre une image au cerveau

Les innovations en matière de neurosciences, censées révolutionner la vue, n'en finissent pas d'impressionner. En 2021, Handicap.fr racontait déjà comment un patient atteint d'une rétinopathie pigmentaire avait recouvré une perception visuelle partielle grâce à l'optogénétique (Aveugle, il recouvre la vue grâce à l'optogénétique) ; la même année, une cornée artificielle faisait également l'objet d'un article (Aveugle, il recouvre la vue grâce à une cornée artificielle). Deux ans plus tard, en 2023, nous consacrions un autre sujet à la sonogénétique, basée sur le principe d'une interface cerveau-machine, après une preuve de concept obtenue chez l'animal (Malvoyance : la sonogénétique, une thérapie visionnaire).

Ce qui change aujourd'hui, c'est la multiplication des pistes et leur maturation. Deux stratégies sont aujourd'hui explorées. En janvier 2026, l'Institut de la Vision a annoncé une preuve de concept préclinique d'un implant photoacoustique sous-rétinien (DMLA : l'implant rétinien Prima autorisé dans l'UE) : chez des rongeurs, des ultrasons ont permis de stimuler les cellules rétiniennes encore fonctionnelles et d'activer le système visuel. En parallèle, le projet européen NeuroSonoGene, lancé en 2023, explore une approche plus radicale : rendre certains neurones sensibles aux ultrasons afin de stimuler directement le cortex visuel. Après une première preuve de concept chez le rongeur et une évaluation sur les primates, à terme, cette interface cerveau-machine pourrait ouvrir une nouvelle piste pour restaurer une perception visuelle chez des personnes aveugles, mais le projet reste à ce stade expérimental et court jusqu'en 2028.

Une promesse, mais surtout une question : quand ?

Près de 1,7 million de personnes vivent avec un trouble de la vision en France, selon les estimations disponibles, tandis que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 2,2 milliards le nombre de personnes concernées dans le monde. Parmi les causes de déficience visuelle figurent notamment la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), avec environ 8 millions de personnes touchées, et le glaucome, avec 7,7 millions. Face à cet enjeu, le son pourrait progressivement changer de statut : non plus seulement une « béquille » technologique pour compenser la cécité, mais potentiellement un moyen de transmettre directement des informations spatiales ou visuelles.

L'intelligence artificielle, les caméras, les systèmes de sonification et les ultrasons pourraient ainsi converger pour alléger, à terme, la dépendance à certains dispositifs d'assistance. Mais il ne faut pas aller trop vite : les recherches restent expérimentales et, pour la sonogénétique notamment, plusieurs étapes sont encore nécessaires avant un essai clinique, notamment pour démontrer l'efficacité et la sécurité chez l'humain. Serge Picaud le rappelait déjà en 2023 : « Le développement d'un essai clinique demande encore de passer par de nombreuses étapes ». La vraie question n'est donc peut-être plus seulement « peut-on voir grâce au son ? », mais bien : pour quand une technologie capable de rendre cette perception utile, stable et accessible aux personnes aveugles et malvoyantes ?

© image générée par IA

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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