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Persy Cat : 1er Esat en France qui prend soin de nos animaux

En Haute-Savoie, un Esat inédit a ouvert ses portes, la 1ère pension animalière tenue par des travailleurs handicapés. Ce concept cocooning qui a pour objectif le bien-être de tous inspire d'autres établissements en France. L'idée a du chien !

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Ici, on caresse, on câline, on dorlote… Une pension animalière pas (tout à fait) comme les autres… Son nom ? Persy Cat. Elle est installée à Pers-Jussy (Haute-Savoie), sur la route qui mène de Genève à Chamonix, un axe stratégique pour les skieurs du week-end. Sa particularité ? C'est un Esat (Etablissement et service d'accompagnement par le travail) de l'association ADIMC 74 qui emploie des travailleurs en situation de handicap. Une première en France, visiblement inspirante, qui suscite un vif intérêt à l'heure où le secteur protégé cherche à se diversifier.

Une autre approche de l'accueil animal

Alors que certaines pensions comptent plus de 100 boxes, Persy Cat accueille au maximum neuf chiens et dix-sept chats. « Parfois les maîtres laissent leur compagnon en pleurs, alors c'est un gros boulot pour les rassurer », confie Thibault, l'un des travailleurs. C'est cette petite structure à taille humaine qui séduit la clientèle, une « autre approche » de l'accueil animal, le côté « cocooning ». « Ailleurs ils sont nourris, chez nous, ils sont chouchoutés », promet Jérôme Grether, directeur de l'unité fonctionelle travail. Le bouche à oreille a fait son chemin, la pension affiche souvent complet, surtout en été.

On doit cette idée à Dominique Clément, ancien président d'Andicat (Association nationale des directeurs et cadres d'Esat) et chargé de mission pour Paralysie cérébrale France. Il y a quelques années, les résidents d'un foyer d'hébergement manifestent le souhait d'avoir des animaux mais la gestion s'avère compliquée. Face à leur insistance, il « furète » une autre piste. Le projet prend corps après la crise financière de 2008 qui impacte fortement la sous-traitance industrielle. Pour survivre, il faut se diversifier… La médiation animale avec les personnes handicapées est dans l'air du temps, les planètes sont alignées.

« Monsieur câlin »

Aujourd'hui, vingt-cinq travailleurs, majoritairement des femmes, sont encadrés par cinq professionnels. Pour Krystopher, l'atelier n'était pas « son point fort » ; il a toujours eu des animaux à la maison, se définit comme un « passionné », surtout des « chiens » parce que « ça bouge ». Après avoir passé 25 ans sur des « machines », Daniel a, lui, décidé d'offrir sa patience aux chats ; on le surnomme « monsieur câlin ». Chloé dit aussi aimer ce super contact et ces moments d'apaisement. Thibault, 30 ans, travaille ici depuis 10 ans ; il avait pourtant peur de tous les animaux après s'être fait mordre par un chien et griffer par un chat lorsqu'il était petit mais cette nouvelle activité lui a permis de calmer ses inquiétudes. Quant à Selim, 30 ans, il intervient depuis onze ans auprès de tous les animaux ; les caresses à ses hôtes ont apaisé son caractère impulsif. Des compagnons plus atypiques s'invitent parfois : furets, lapins, cochons d'Inde, oiseaux…

Certaines personnes peuvent également bénéficier de stages de découvertes pour une mise en situation de quelques semaines. C'est le cas d'Emmanuelle qui, après une expérience de bénévole dans une SPA, a dû renoncer à cause d'une forme de narcolepsie. Le milieu ordinaire, même à mi-temps, était pour elle « trop exigeant », et le stress la « bloquait dans un cercle vicieux ». Le rythme du travail en Esat s'avère plus adapté à sa situation. « Ici, on nous laisse le temps », confie la jeune femme qui a un mois pour faire son choix.

Une formation dédiée

« Nos clients reviennent car ils sont séduits par notre démarche déontologiquement intéressante grâce au travail des personnes en situation de handicap et à l'attention toute particulière portée aux animaux avec un taux d'encadrement très supérieur aux autres pensions », explique la direction. « Même si la capacité de travail est en moyenne de 30 % par rapport à une personne valide, avec de grandes disparités selon les profils, la responsabilité des moniteurs est de tenir compte des compétences de chacun pour proposer des tâches adaptées ». Mais cela suppose plus de souplesse que dans un Esat traditionnel puisque Persy Cat est ouvert 365 jours par an, de 8 à 18h.

Les éducateurs ont suivi une formation spécifique, le CCAD (certificat de capacité des animaux de compagnie). Quant aux résidents, une formation dédiée de quelques jours a été spécialement créée tandis qu'un vétérinaire leur enseigne les bons comportements, comment se protéger, quels soins prodiguer, quelle nourriture donner… L'objectif, à terme, est d'en faire une formation qualifiante pour pouvoir permettre à ses titulaires de trouver un emploi en milieu ordinaire.

Des contraintes, malgré tout

« Pas question pour autant d'idéaliser ce métier », confie Jérôme. Parfois rude, il a aussi ses contraintes : le travail le week-end, même si cela pose peu de problème puisque la majorité des travailleurs est hébergée sur place, le ramassage des crottes, le nettoyage des cages, les aboiements, les risques de morsure ou de griffure… « Il y a quelques échecs. A nous de trouver les ajustements pour que ces contraintes soient supportables par des personnes handicapées, ajoute-t-il. Parfois, il faut moduler une activité devenue trop exigeante ». A cause de sa grande fatigabilité, Thibault ne peut travailler que deux heures le matin et deux autres l'après-midi. Pour Wilfrid, cela devenait « trop fatigant de porter les cages, sortir les chiens en laisse ». Alors, sur le même site, une autre activité de sous-traitance (assemblage, conditionnement ...) est proposée. Certaines personnes ont également des troubles psychiques associés avec une gestion de comportements parfois difficile : la direction a pour projet de mieux former les équipes d'encadrement à ce handicap.

Pour autant, le succès de cette initiative innovante, « rentable depuis trois ans », même si elle exige des investissements importants, ne s'est jamais démenti. Dans toute la France, des directeurs d'Esat commencent à la regarder d'un œil attentif. « Il ne faut pas hésiter à venir les voir et les copier », conclut Dominique Clément, ardant promoteur d'une aventure qui a décidemment du « chien » !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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