Tabac et handicap : quand la cigarette fait perdre la vue

Fumer tue, mais pas seulement. Les maladies favorisées par le tabac peuvent également avoir des conséquences invalidantes. DMLA, cataracte, "AVC de l'œil"... Les handicaps visuels font partie de ces risques méconnus.

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une cigarette allumée dans la main d’un fumeur

« On nous apprend que fumer tue. Mais pas suffisamment que fumer peut faire perdre la vue. » A l'occasion du Mois sans tabac, le chirurgien ophtalmologue Maxime Delbarre, basé à Montpellier, est bien décidé à rappeler ce risque méconnu. La cigarette n'attaque effectivement pas que les poumons : risques cardio-vasculaires, atteinte à la peau, déclin cognitif… Les conséquences du tabac s'avèrent souvent invalidantes, et les effets sur les yeux ne font pas exception. 

Vieillissement des cellules

« La fumée de cigarette contient plusieurs substances chimiques susceptibles de modifier le fonctionnement de la rétine », détaille le Dr Maxime Debarre. Parmi ces substances, on trouve notamment les radicaux libres qui, lorsqu'ils s'accumulent, endommagent les cellules et provoquent leur vieillissement prématuré. C'est ce qu'on appelle le stress oxydatif. Ce mécanisme, ainsi que l'altération de la circulation des vaisseaux sanguins au niveau de l'œil, vont parfois venir abîmer les structures de notre système visuel. « Ces atteintes peuvent progresser silencieusement pendant des années, jusqu'à ce que les premiers troubles visuels apparaissent », alerte le chirurgien.

Jusqu'à 3 fois plus de risque de DMLA

Ces phénomènes favorisent notamment l'apparition d'une dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). (DMLA, 1ère cause de cécité : dépistage précoce ! ) Cette maladie touche une petite zone de la rétine appelée la macula, essentielle pour distinguer les détails. « Lorsqu'elle est endommagée, c'est toute notre autonomie qui peut être bouleversée », expose le Dr Maxime Debarre. Dès 2005, une revue de 17 études montrait que 13 d'entre elles avaient trouvé un lien statistique significatif entre le tabagisme et la DMLA, avec un risque multiplié par deux à trois. « Le tabac est l'un des principaux facteurs de risque modifiables de cette maladie », avance le chirurgien, précisant que fumer peut également entraîner une apparition plus précoce de la DMLA.

Des cataractes précoces

Si cette relation entre tabac et DMLA reste la plus documentée, d'autres troubles liés à la vision sont également concernés. Quelques études existent par exemple sur l'apparition de glaucomes, mais aussi sur la cataracte. (Cataracte : une chirurgie en pleine transformation) Cette opacification progressive du cristallin, principalement liée à la vieillesse, pourrait être accélérée chez certains fumeurs. En tant que chirurgien, Maxime Debarre opère régulièrement des patients présentant une cataracte précoce : « le tabagisme fait partie des facteurs susceptibles d'accélérer ce processus et de conduire à une intervention plus jeune », précise-t-il. Le tabac pourrait aussi être un facteur de risque de l'occlusion veineuse rétinienne. Cet « AVC de l'œil » provient d'un problème circulatoire brutal au niveau d'une veine de la rétine. 

Sécheresse oculaire

La fumée qui s'échappe de la cigarette peut également fragiliser les yeux en créant de la sécheresse oculaire.  Liée à une diminution de la production de larmes, nécessaire pour protéger l'œil, ce phénomène se traduit par des picotements, des rougeurs ou encore la sensation de sable dans les yeux. « Des symptômes souvent considérés comme bénins, concède le Dr Debarre. Pourtant, lorsqu'ils deviennent chroniques, ils peuvent altérer significativement la qualité de vie. » Les yeux secs concerneraient également les personnes exposées régulièrement à la fumée de la cigarette, sans qu'elles soient nécessairement consommatrices. « Mais il reste beaucoup plus compliqué de réaliser des études sur le tabagisme passif », nuance le chirurgien. 

« Ce n'est jamais trop tard pour arrêter »

Ce dernier regrette que tous ces risques liés à la vue restent peu connus : « On se dit sans doute que c'est moins grave qu'un AVC ou un cancer. Et quand on pense au DMLA on l'associe tout de suite au vieillissement, sans penser au tabac. » Il considère pourtant que le sujet a toute sa place dans le discours de prévention et qu'évoquer sa consommation de tabac avec son ophtalmologue devrait devenir un réflexe. Pour limiter au maximum les risques, l'idéal reste bien sûr de ne pas fumer, insiste le Dr Debarre : « C'est toujours utile d'arrêter car les effets bénéfiques arrivent assez rapidement. Ce n'est jamais trop tard. »

Crédit : rattanakun

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Solène Alifat, journaliste Handicap.fr"
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