Trottinettes électriques libre-service : galère des aveugles

Les trottinettes électriques, nouvelle tendance des citadins ? Nouvelle hantise des déficients visuels et autres PMR ! Elles fleurissent chaque jour sur les trottoirs et compliquent leurs déplacements. Le Comité Louis Braille s'est saisi de l'affaire

23 février 2019 • Par Cassandre Rogeret / Handicap.fr

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Hoverboard, vélo en libre-service, trottinette… Les Nouveaux véhicules individuels électriques, appelés NVEI, désormais proposés à la location, peuplent les rues des grandes villes depuis plusieurs mois et rendent la vie difficile à certains piétons et plus particulièrement aux personnes déficientes visuelles ou à mobilité réduite. Contrairement aux vélos, elles ne doivent pas être ramenées dans des stations dédiées.

Un arrêté municipal à Lyon ?

500 000 Français auraient succombé au charme de ces engins nouvelle génération. Rapide, écologique, silencieuse, pratique, économique… Parmi eux, la trottinette électrique a tout pour plaire. Problème : certains utilisateurs la déposent n'importe où et parfois sur des trottoirs très étroits. La circulation des piétons s'en voit alors ralentie. En première ligne : les non-voyants qui, lorsque leur chien-guide n'est pas apeuré, risquent de chuter. A Lyon, par exemple, un troisième opérateur de trottinettes électriques devrait s'implanter dans les prochains jours. C'en est trop pour le Comité Louis Braille, qui réunit des associations d'aveugles et de malvoyants de la région. « Déjà une, puis deux et maintenant trois… Jusqu'où ça va aller ? » s'agace Pierre-Marie Micheli, membre du Comité et président d'associations spécialisées. Il y a quelques semaines, le Comité a envoyé un courrier aux collectivités locales pour réclamer un arrêté municipal qui mettrait fin à cette fâcheuse tendance et inciterait à davantage de civisme. « C'est un moyen de transport 'respectable' mais qu'il faut encadrer, poursuit-il. Nous demandons l'interdiction du stationnement et de la circulation des trottinettes électriques sur le trottoir. Nous l'avions déjà fait par le passé avec les vélos et ça avait fonctionné… Même si, là encore, il reste des progrès à faire. »

Trottinettes classiques : hausse des accidents

Au-delà des problèmes de « stationnement sauvage », reste celui de la circulation. Il y a d'un côté les trottinettes non électriques qui, pour l'heure, sont considérées comme des piétons dans le Code de la route, et peuvent donc librement circuler sur le trottoir, à condition de ne pas dépasser 6 km/h. « Le problème c'est que les utilisateurs dépassent largement cette vitesse », remarque Pierre-Marie Micheli. Cette pratique perturbe inévitablement les déplacements des personnes déficientes visuelles… mais pas seulement. « Comment pousser une trottinette garée au milieu du trottoir lorsqu'on est en fauteuil roulant ? Comment les éviter lorsqu'on ne voit pas ? questionne-t-il, lui-même concerné. Au-delà des personnes en situation de handicap, je pense que ces comportements peuvent causer du tort à tout le monde... » En effet, la Sécurité routière estime qu'en cinq ans, 1 378 accidents ont impliqué des usagers de trottinettes ou de rollers (les données sont indissociables), avec une hausse de 23 % de blessés en 2017. Quel impact aura la déferlante de leur version électrique ?

Trottinettes électriques : besoin d'encadrement

En moyenne, leur vitesse varie entre 25 et 40 km/h, mais certaines peuvent atteindre 50 km/h ! En janvier 2019, un utilisateur a même été aperçu sur l'autoroute à 85 km/h. Et le flou juridique qui entoure leur utilisation n'arrange rien… Théoriquement, leur moteur les empêche d'emprunter les trottoirs et les pistes cyclables mais la route peut s'avérer dangereuse. Alors, en attendant un cadre législatif précis, chacun fait comme bon lui semble… Au grand désespoir de Pierre-Marie Micheli. « Elles circulent très vite et souvent sans un bruit donc on ne les entend pas, c'est très dangereux ! Les accidents sont vites arrivés… Il y a peu, un adhérent s'est fait bousculer, un autre a failli tomber car on avait foncé dans sa canne. Et, à ce moment-là, les utilisateurs partent et, même en étant voyant, aucune chance de les retrouver puisque ces véhicules ne possèdent pas d'immatriculation... »

Un pas vers la réconciliation ?

Mais une nouvelle pourrait lui redonner le sourire. Ce 21 février 2019, Lime, l'une des trois entreprises de trottinettes électriques présentes à Lyon, a contacté le Comité Louis Braille à la suite de son alerte lancée dans un reportage sur France 3. « Aucune décision n'a été prise, pour l'instant, mais les responsables sont prêts à discuter, c'est déjà bien ! », positive-t-il. Une réunion est prévue dans les jours à venir pour proposer des solutions qui profitent à tous. A terme, la loi sur les mobilités, attendue au premier semestre 2019, devraient éclaircir les zones d'ombre de cette pratique et s'accompagner de mesures pour faciliter la mobilité des personnes en situation de handicap « sur tous les territoires ».

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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