Vacances des adultes handicapés : le casse-tête des familles

Passée 18 ans, sa fille ne peut plus accéder au centre de loisirs pour enfants handicapés. En colère, Sabine Triton a publié une pétition sur le site de l'Assemblée nationale le 21 juillet 2022, pour rendre ces séjours accessibles après la majorité.

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DERNIÈRE MINUTE DU 27 JUILLET 2022
Le combat de Sabine Triton va-t-il l'emmener jusque dans l'Hémicycle ? Elle réclame, dans une pétition enregistrée depuis le 21 juillet 2022 sur le site de l'Assemblée nationale (lien ci-dessous), un « amendement pour permettre l'accès aux loisirs et vacances inclusifs aux jeunes adultes handicapés de moins de 26 ans ». « Cet amendement serait aussi une réponse à la problématique du droit de répit des aidants familiaux, actuellement largement insuffisant et inégal selon les territoires », ajoute la rédactrice de la pétition soutenue « par une dizaine de parlementaires ». Pour appuyer davantage sa requête auprès du Comité interministériel du handicap, Sabine Triton souhaite désormais réunir l'approbation d'un maximum d'associations « qui seraient prêtes à poursuivre l'accueil des jeunes adolescents devenus adultes jusqu'à l'âge d'au moins 26 ans » et recueillir « des témoignages de parents ou d'enfants qui auraient les mêmes aspirations ». Mais le chemin semble encore long avant que le texte ne soit examiné au cours d'un débat à l'Assemblée. Pour ce faire, la pétition, qui n'a pas atteint les 50 signatures, doit en rassembler 100 000…


ARTICLE INITIAL DU 19 JUIN 2022
« Mélanie a eu 18 ans en mai 2022 et comme un trop grand nombre de jeunes adultes handicapés, elle ne peut plus accéder aux séjours inclusifs dans la mesure où les textes législatifs en vigueur ne le permettent pas. » Les mots de Sabine Triton sont désabusés, à l'image de l'été qui se dessine pour elle et sa famille. Si sa fille polyhandicapée participe depuis plusieurs années à des séjours inclusifs, le passage à la majorité a eu raison de ces bouffées d'air estivales. On ne mélange pas mineurs et majeurs, c'est dans la loi (Code de l'action sociale et des familles), que les séjours soient inclusifs ou pas.

Pas assez d'offres pour adultes

« Elle a eu accès dès son plus jeune âge à un maximum d'activités et de loisirs adaptés pour qu'elle puisse s'épanouir, se sociabiliser et développer une forte capacité d'adaptation à toute nouvelle rencontre ou environnement », explique cette maman. Or « l'offre pour les jeunes adultes handicapés est quasi inexistante et n'est plus inclusive », souvent « hors de prix ou inaccessible pour la grande majorité des familles ». Convaincue des bienfaits de l'accès aux loisirs adaptés pour ce public, Sabine Triton a lancé le 10 juin 2022 une pétition en ligne qui a récolté plus de 400 signatures, adressée à la Première ministre Elisabeth Borne et à Damien Abad, ministre chargé du Handicap. Son but ? Obtenir « une dérogation afin que les jeunes adultes handicapés de moins de 26 ans puissent accéder aux loisirs, activités et séjours de vacances ou clubs enfants dépendant du ministère de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports ».

1 personne handicapée sur 3 ne part jamais en vacances

« Une personne handicapée sur trois ne part jamais en vacances contre une personne valide sur dix », apprend-on de l'Observatoire des inégalités. Un constat que partage Henri de Foucauld, président de l'association Les chemins de Pierre et père d'un jeune homme atteint du syndrome de Phelan-McDermid, provoquant un retard global, moteur et mental : « Pour tous les parents de ces adultes, l'été est un dilemme. Que faire ? Les laisser en ville dans leurs foyers avec des effectifs réduits ou les envoyer en 'transfert' une ou deux semaines quand c'est possible puisque le coût de ces séjours est souvent inabordable ». Lui a imaginé le projet « Mille sabords », une aventure qui doit permettre à une dizaine de jeunes en situation de handicap, aux côtés de leurs proches, de naviguer sur un voilier pendant plusieurs jours au mois de juillet 2022. Mais combien de parents comme Henri sont contraints d'inventer des solutions de repli ?

Un amendement Creton pour les vacances ?

La demande de Sabine Triton n'est pas sans rappeler l'amendement Creton, adopté en 1989. Ce texte permet le maintien dans un établissement pour enfants handicapés de jeunes adultes ayant atteint l'âge limite, en attente d'une place en structure pour adultes. On estime à près de 6 000 les 18/30 ans accueillis dans des établissements pour enfants handicapés en France. Bien qu'efficace pour éviter notamment des ruptures d'accompagnement, ce dispositif reste un pis-aller qui a montré ses limites au cours du temps, créant de nouveaux problèmes : liste d'attente pour les enfants, difficultés de cohabitation, accueil inadapté (article en lien ci-dessous)...  Mais faut-il pour autant laisser ces jeunes adultes sur la touche ? « L'accès aux loisirs et à la culture est reconnu dans le droit français, selon la loi Handicap du 11 février 2005, comme faisant partie des besoins essentiels à l'existence pour les personnes handicapées », rappelle Sabine Triton.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"

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