Quelle sexualité pour les personnes handi en institutions ?

Résumé : Quelle sexualité pour les personnes handicapées dans les institutions ? Akim Boudaoud, sexologue et vice-président de l'APPAS*, déplore un " triste particularisme Made in France ", une " sexualité bâillonnée par les politiques et les législateur

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*Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel


Les lois du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale, du 9 août 2004 relatives à la politique de santé publique et du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées abordent timidement par le terme de « respect » la question de la vie affective et sexuelle en établissements. En milieu institutionnel, cela s'est manifesté par le biais de diverses initiatives, tels que l'affichage des chartes sur la vie affective et sexuelle, la participation des « usagers » au conseil de vie sociale de l'institution, la création de commissions et de groupes de parole.

Un pétard mouillé des politiques

En novembre 2011, Jean-François Chossy, membre honoraire du parlement, dans son  rapport présenté à l'Assemblée nationale, souligne le fait « qu'il faut promouvoir l'idée que toute personne doit pouvoir recevoir l'assistance humaine nécessaire à l'expression de sa sexualité ». En 27 septembre 2012, le CCNE (comité d'éthique), dans l'avis N°118 à la question de l'assistance sexuelle, affirme « qu'il n'est pas possible de faire de l'aide sexuelle une situation professionnelle comme les autres en raison du principe de non utilisation marchande du corps humain. »

Des initiatives dérangeantes ?

De nombreuses associations revendiquent une réglementation facilitant l'accès à une vie affective et sexuelle ordinaire, comme le CHS (Collectif handicaps et sexualités), laquelle association a évolué en CH(S)ose, avec le but de contribuer à la prise en compte effective de la vie affective et sexuelle au sein de la société, comme nos voisins européens. La dernière-née, l'Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (APPAS), propose des réponses pragmatiques, concrètes aux personnes en situations de handicap, leurs proches, mais aussi aux personnels exerçant en institutions. En 2015, l'APPAS à organisé deux formations d'accompagnants sensuels et sexuels, a reçu 190 demandes d'accompagnement et a soumis aux parlementaires une proposition de révision de la loi sur le proxénétisme.

Vitrine souriante, arrière-boutique à l'étranger

La vitrine souriante apparaît dans les documents affichés par les établissements, comme le livret d'accueil, la charte sur le respect de la vie intime, la commission sur la vie affective et sexuelle, les manifestations énoncées sur la participation des « usagers » aux différentes instances institutionnelles. L'arrière-boutique se joue avec une autre partition. Le système D, à l'œuvre en milieu institutionnel comme dans la sphère privée, peut revêtir une forme clandestine. Régulièrement, des professionnels du médico-social, souvent avec la complicité de proches de personnes en situation de handicap, organisent des séjours à l'étranger, en Espagne, en Allemagne ou en Suisse.

La nécessité d'accompagner les professionnels du médico-social

La morale émerge dès lors que se pose la question de l'intimité dans les espaces institués. Ses effets sont dévastateurs, tant à l'égard des personnes concernées qu'à celui des professionnels qui les accompagnent au quotidien. Le libre-arbitre accordé - ou plutôt ôté - aux personnes en situation de handicap est le premier couteau d'une morale qui peine à répondre à la réalité du « terrain » des professionnels du médico-social. Dans ce débat stérile, les parapluies s'ouvrent avec la « capacité de discernement », la « vulnérabilité », la « sécurité », le « consentement éclairé » de la personne en situation de handicap, le tout couronné par l'argument de la « distance professionnelle ». Cela fait autorité sur le reste, quoi qu'il en coûte aux professionnels auxquels il incombe de gérer des situations concrètes.

Abstinence fortement recommandée

Aussi, pour s'éviter de poser la question des conditions d'accompagnement de l'intimité pour un couple en milieu institutionnel par exemple, l'abstinence est fortement recommandée. Pis encore, la « prise en charge médicale », douceur sémantique désignant la camisole chimique, écarte les manifestations de désirs qualifiées de « pulsions » et coupent court au débat. Dès lors et sans surprise, les manifestations « sexuelles » sont jugées perturbantes, voire insécurisantes. Pour autant, comment jeter la pierre au personnel dès lors qu'aucun cadre ne reconnaît véritablement cette réalité et qu'aucun moyen ni aucune aide ne leur sont proposés pour pallier à cet état de faits ? De la même manière, comment prétendre lutter efficacement contre l'obscurantisme de certains discours prêchés en milieux institutionnels ? Il n'est pas rare, en effet, qu'un couple exprimant l'envie de vivre sa sexualité bénéficie d'une prévention particulièrement appuyée sur les risques de l'amour (VIH, MS...).

Un appel du cœur

En tant que sexologue et psychologue, mais également au titre de vice-président de l'APPAS, je tire la sonnette d'alarme pour que soient mises en œuvre les conditions d'une réelle reconnaissance de la vie intime des personnes en situation de handicap, qu'elles vivent en sphère privée ou institutionnelle. En 2016, l'APPAS proposera des formations adaptées aux professionnels du médico-social. Elle prendra part au débat, via la participation ou organisation de colloques et débats publics, et poursuivra son travail pour faire entendre la voix des personnes handicapées souffrant d'isolement et de misère affectifs et sexuels.

Avec un peu d'information, un peu de formation et beaucoup de bonne volonté, nos institutions sauront non pas faire-face mais accompagner, respecter, la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.

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Le 18-01-2017 par Nathalie :
l'handicape emprisonne le corps, de quel droit "juger" ce besoin vital?

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