Dys : des écoles spécialisées pour un apprentissage adapté

Fatigue, décrochage, perte de confiance... Pour certains élèves dys, l'école classique devient source de souffrance. Des établissements spécialisés leur offrent un cadre adapté pour reprendre confiance et retrouver le goût d'apprendre.

• Par
Un enseignant pose sa main sur le bureau de ses élèves qui sourient.

Dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie… En France, 5 à 7 % des élèves seraient concernés par un trouble spécifique des apprentissages, selon l'Éducation nationale. Dans le cadre scolaire classique, ces profils restent souvent mal compris et insuffisamment accompagnés. Malgré l'existence de dispositifs comme le Plan d'accompagnement personnalisé (PAP) ou les Accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), ces jeunes peinent à suivre le rythme, faute de pédagogies adaptées ou de personnel formé. Face à ces limites, certaines familles se tournent vers des établissements spécialisés qui proposent un accompagnement sur mesure.

Cerene : un modèle pédagogique pensé pour les dys

Créé en 2010, le réseau Cerene (Centre d'études et de recherches sur les enfants à besoins éducatifs particuliers et neurodéveloppementaux) propose un enseignement adapté aux élèves présentant des troubles dys, du CE2 à la Seconde. Présent dans six villes françaises (Paris, Rueil-Malmaison, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse), il accueille aujourd'hui plus de 400 jeunes dans des classes à effectifs réduits : 12 élèves maximum en primaire, 15 au collège, 20 au lycée.

Collaboration entre enseignants et professionnels de santé

La spécificité du modèle repose sur une pédagogie différenciée, axée sur les forces et les stratégies d'apprentissage de chaque élève. Les enseignants, formés aux troubles dys, travaillent en collaboration étroite avec des professionnels de santé (ergothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes et neuropsychologues). Cet encadrement global permet aux élèves d'acquérir des méthodes adaptées et de retrouver leur autonomie. « Tous nos élèves arrivent avec une souffrance scolaire. Notre mission est de leur redonner confiance, de leur montrer qu'ils sont capables d'apprendre et de progresser », explique Hervé Glasel, neuropsychologue et fondateur de Cerene.

Une école passerelle

Les élèves restent en moyenne deux à trois ans dans l'établissement. La structure se présente comme une « école passerelle » et non comme une solution de long terme. Selon les données internes du réseau, 85 à 100 % des élèves obtiennent leur brevet, et une majorité poursuivent ensuite leur scolarité dans un établissement classique. Ce fut notamment le cas de Tom, aujourd'hui âgé de 21 ans : « Je dois beaucoup à cette école qui m'a donné les compétences pour continuer ma scolarité dans de très bonnes conditions. J'ai rattrapé trois années de collège en une seule ! J'ai ensuite pu entrer au lycée sans difficulté et obtenir mon bac avec mention puis poursuivre sur des études supérieures. » 

Une « bouffée d'oxygène »

Anne, mère d'un adolescent scolarisé à Paris, évoque une « véritable bouffée d'oxygène » : « Mon fils a pu reprendre pied, puis poursuivre sa scolarité dans une école sous contrat. » D'autres regrettent de ne pas avoir connue cette structure plus tôt.

Ces retours doivent toutefois être mis en perspective. Les effets de ces écoles varient selon les profils, le niveau de sévérité des troubles et l'implication des familles dans le parcours de rééducation associé.

D'autres établissements dédiés aux élèves dys

D'autres établissements privés ont fait le choix d'un accompagnement spécifique pour les élèves dys. C'est notamment le cas de l'Edeys, à Eysines, près de Bordeaux, qui accueille des élèves atteints d'un trouble des apprentissages du CM1 à la 3e « dans le respect de leurs particularités ». À Boulogne-Billancourt, la Cube School regroupe des enfants à besoins spécifiques de 6 à 12 dans des classes d'âges mélangés « favorisant l'émulation, la collaboration et l'entraide ». Dans le Var, l'École Galilée offre un « cadre épanouissant » aux élèves dys ou à haut potentiel.

Ces structures partagent une volonté d'adaptation aux besoins spécifiques des élèves mais elles restent marginales à l'échelle nationale et ne suffisent pas à répondre à la demande croissante.

Un coût élevé pour les familles, malgré des aides possibles

Le principal frein à l'accès à ces écoles reste leur coût. La plupart sont privées hors contrat, avec des frais de scolarité parfois supérieurs à 8 000 euros par an. Certaines familles peuvent obtenir une prise en charge partielle via la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), notamment lorsqu'un Projet personnalisé de scolarisation (PPS) est en place. Mais ces aides ne couvrent généralement qu'une partie des frais.

Dans les faits, ces structures restent donc inaccessibles pour une partie des foyers, malgré des demandes avérées. Une inégalité d'accès qui interroge, alors que le principe d'école inclusive est inscrit dans la loi.

École publique : une réalité en construction dans l'Éducation nationale

Et du côté de l'école publique ? L'Éducation nationale a développé plusieurs dispositifs, notamment les Ulis (Unités localisées pour l'inclusion scolaire), implantées dans certains établissements du primaire au lycée. Ces classes intègrent des élèves en difficulté scolaire durable, parfois concernés par des troubles dys, et leur proposent un accompagnement assuré par un enseignant spécialisé, avec le soutien éventuel d'un AESH.

Cependant, les Ulis ne sont pas spécifiques aux dys, et leur accès est conditionné à une notification MDPH. De plus, tous les enfants présentant ces troubles ne bénéficient pas d'une reconnaissance de handicap. Côté formation, des progrès sont notables, notamment avec des modules intégrés dans les INSPE (formations initiales des enseignants) et le développement du CAPPEI, certification qui permet d'enseigner auprès d'élèves à besoins éducatifs particuliers. Mais le déploiement reste encore lent et inégal selon les académies.

Des alternatives pédagogiques plus souples

Enfin, certaines écoles alternatives, bien qu'elles ne soient pas non plus exclusivement dédiées aux élèves dys, peuvent offrir un environnement plus favorable à ces élèves. Les écoles Montessori, Freinet ou encore les structures démocratiques affirment proposer une pédagogie plus souple, sans compétition ni pression.

Ces approches peuvent convenir à certains enfants, notamment ceux qui présentent des troubles dys légers ou associés à une grande sensibilité. Mais elles ne proposent pas toujours de suivi thérapeutique intégré ni d'adaptation spécifique aux troubles neurodéveloppementaux. Peut-être ces approches, encore minoritaires, finiront-elles par nourrir une réflexion plus large sur ce que devrait être l'école inclusive.

© Sketcher

Partager sur :
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Blue sky
  • Twitter
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.