Handisport : combattre les discriminations, c'est du sport !

"Ils nous font chier ces handis", a entendu Elodie Lorandi. Les discriminations persistent dans le milieu du sport... Trois champions handisport témoignent des inégalités et freins qu'ils doivent continuer à combattre malgré leur palmarès.

13 février 2019 • Par L'AFP pour Handicap.fr

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Par Sabine Colpart

Ils ont été sacrés aux Jeux ou ont battu des records et pourtant le regard est encore pesant sur ces sportifs. Parce qu'ils sont en fauteuil, aveugles ou qu'il leur manque une jambe. Eux n'aspirent qu'à vivre comme des champions, au-delà du handicap. Venus partager des moments festifs en famille lors des Etoiles du sport fin novembre à Tignes (Savoie), Jean-Baptiste Alaize, Elodie Lorandi et Trésor Makumba ont livré leur témoignage à l'AFP.

Ma jambe ? Ma meilleure amie !

"J'aimerais qu'on nous regarde comme des sportifs accomplis, comme tous les autres sportifs. Qu'on arrête de faire ces différences", lance la nageuse Elodie Lorandi, sacrée sur 400 mètres aux Jeux paralympiques de Londres en 2012 et dont la jambe gauche est atrophiée depuis la naissance. "Le handicap, on ne le vit pas, c'est lui qui est avec nous, c'est notre corps. Moi je vis avec ma jambe tous les jours, c'est ma meilleure amie !" Jean-Baptiste Alaize, quadruple champion du monde (saut en longueur et sprint), intervient joyeusement : "Moi, ma prothèse, c'est comme ma femme !", plaisante l'athlète amputé de la jambe gauche. "Je suis fier de prendre mon pied tous les jours… parce que je peux l'enlever !" Mais parfois, l'humour cède la place à la colère. Il y a quelques jours, le sportif a posté un texte furieux sur les réseaux sociaux, après avoir été contraint de se dévêtir à l'aéroport de Nice, parce que sa prothèse avait sonné au portique de sécurité.

Le sport, une thérapie 

"Moi je pense que tout simplement on est beau, que ce soit un handisportif ou un valide", résume Trésor Makumba, sprinter mal-voyant de 35 ans, dont 15 à glaner des médailles. " Ce qui impressionne les gens, c'est ce que le champion est capable de faire. (...) Voir quelqu'un avec une prothèse sauter à 8,40 mètres, ça fait rêver. 'Mais comment ce garçon arrive à faire ça ?', se demandent les gens". La passion du sport les a dévorés, tous trois, petits. Soit en admirant les exploits de Carl Lewis pour Trésor Makumba, soit en insufflant une sensation d'être comme tout le monde pour Elodie Lorandi, soit en les sauvant comme ce fut le cas pour Jean-Baptiste Alaize, frappé à coups de machette lorsqu'il avait 3 ans, lors de la guerre civile au Burundi. Il a ensuite été abandonné puis adopté par un couple de Français à l'âge de 7 ans. "Pour moi, la vie a tourné d'un côté inimaginable. Ok j'ai perdu ma jambe mais le sport a été ma thérapie", confie l'athlète de 27 ans. "On fait des résultats de dingue malgré peu de moyens. C'est grâce à ce qu'on a vécu. L'important c'est la santé et la vie. On est toujours heureux."

Des inégalités de traitement 

Pourtant, leur vie de sportif de haut niveau est loin d'être simple. "On n'est jamais invité sur les meetings contrairement aux valides, tu paies ton billet d'avion, ton hôtel, même l'inscription ! On a plus dépensé que ce qu'on a profité. Aux Championnats d'Europe en août dernier, j'ai fait troisième avec la troisième meilleure performance de tous les temps et je n'ai rien touché. C'est vraiment très difficile en handisport, on doit tout gérer nous-mêmes". Alors tous les trois poursuivent leur rêve essentiellement grâce à quelques sponsors ou leur statut de militaire…

Trop de pathos 

Ces champions aimeraient aussi que le regard sur eux ne soit plus larmoyant, un combat que mène l'un des plus célèbres d'entre eux, Michaël Jérémiasz, retraité en 2016. "Le tournant, c'est ça. Au début de ma carrière, on commençait toujours par : 'à la suite d'un dramatique accident de ski qui l'a privé de ses jambes...' Il y avait cette obligation de commencer sur ce côté dramatique", explique le champion paralympique de tennis fauteuil, qui note une relative amélioration. "On parle de sportif de haut niveau", "mais le traitement n'est pas suffisant, on a une approche encore pathos", regrette-t-il.

Une seconde carrière 

Pour Elodie Lorandi, il y a aussi des progrès à faire au sein de la famille du sport. "Quand on entend en compétition : 'ils nous font chier ces handis', c'est moyen… Moi je l'ai entendu plusieurs fois en natation". En attendant, ils préparent les Jeux paralympiques de 2020 à Tokyo. Ensuite, chacun pensera à l'après-carrière. Trésor Makumba travaillera à la SNCF au service accessibilité, Elodie Lorandi sera auxiliaire puéricultrice en milieu hospitalier et Jean-Baptiste Alaize évoluera dans le cinéma. Avec ce mot d'ordre, malgré les obstacles : "Je veux que le monde soit heureux comme moi je le suis".

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