Anne Hidalgo (PS) : quelle place pour le handicap ? (2/2)

Quelle place pour le handicap dans le programme d'Anne Hidalgo (Parti socialiste) ? Voici le deuxième volet de ses réponses...

• Par

Thèmes :

Commentaires0 Réagissez à cet article

Handicap.fr est gratuit, aidez-nous à le rester. Soutenez-nous !

Comme à tous les autres candidats à l'élection présidentielle, en amont du grand débat du 23 mars 2022, Handébat a posé ses questions à Anne Hidalgo pour le Parti socialiste. 10 au total ! Les six premières figurent dans l'article en lien ci-dessous. Voici les quatre dernières...

7 – CHOC DE SIMPLIFICATION
L'un des principaux credo du gouvernement actuel a été la simplification de l'accès aux droits des personnes handicapées avec, pour la première fois, un grand nombre d'attributions à vie (RQTH, PCH, CMI…) pour certains handicaps. Comptez-vous aller plus loin ?
Si certaines simplifications étaient les bienvenues, leur généralisation ne doit pas se faire au détriment de l'individualisation des réponses à proposer aux personnes. Nous devrons poursuivre et accompagner, en lien avec les utilisateurs concernés, les efforts pour réduire les délais de traitement des demandes des personnes pour accéder à leurs droits. Pour moi, la véritable simplification, c'est l'accessibilité réelle des démarches et de nos services publics qui la garantira !


8 – HABITAT INCLUSIF
Au risque d'ébranler le système français du tout médico-social, l'habitat inclusif qui promeut la vie de la personne handicapée au cœur de la cité, fait aujourd'hui une percée. Comptez-vous encourager cette formule qui prône le vivre ensemble, même si cela suppose d'y investir des moyens supérieurs ? Y voyez-vous certaines limites ?
Nous sommes loin d'avoir tout mis en œuvre pour que l'habitat inclusif trouve toute sa place dans la palette de choix possibles. Je le soutiendrai, naturellement, avec les collectivités territoriales, en m'assurant que les projets développés émanent bien d'un projet porté par les personnes souhaitant y vivre et qui les impliquent du début à la fin.

9 - ACCESSIBILITE DU BATI
• Les Ad'AP (agenda d'accessibilité programmé) ont fixé des échéances et des règles précises pour assurer l'accessibilité des ERP (établissements recevant du public). Or elles ne sont pas respectées car aucune sanction n'est encore tombée. Vous engagez-vous à durcir le ton et comment ?
Il ne s'agira pas pour moi de durcir le ton mais de faire appliquer la loi. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas, rater le rendez-vous de la fin des Ad'AP dont les derniers doivent justement s'achever en 2024. Pendant les cinq dernières années, alors que le gouvernement en avait la possibilité avec les plans de relance, rien n'a été fait pour remobiliser les acteurs, publics et privés, et nous assurer qu'ils étaient bien mis en œuvre, en les accompagnant si besoin. Un bilan provisoire de ce dispositif estime à 50% les ERP conformes, parmi lesquels seulement 50% sont rendus accessibles.

La première conférence nationale de l'accessibilité et de l'inclusion que je présiderai à l'été 2022 si je suis élue aura justement pour ambition d'impulser un plan Marshall de l'accessibilité pour qu'avec tous les acteurs, publics et privés, nous prenions collectivement la mesure des responsabilités qui sont les nôtres en nous engageant dans le rattrapage en cinq ans du retard pris depuis de longues années. C'est la condition de l'autonomie de tous les Français, quels que soient leur âge et les handicaps qu'ils rencontrent. L'accessibilité, parce qu'elle nous est indispensable à nous tous, est un facteur de croissance qu'il faut soutenir. Les jeux olympiques et paralympiques que j'accueillerai à Paris et en Seine-Saint-Denis à l'été 2024 serviront de véritable accélérateur car nous devons être au rendez-vous pour accueillir le monde entier !

Je désignerai des préfets délégués à l'accessibilité et à la conception universelle ; ils seront chargés de suivre sur le terrain la mise en œuvre des Ad'AP et de faire en sorte que les visites prennent en compte tous les aspects de l'accessibilité des établissements recevant du public. Nous devons vérifier que les prestations sont bien accessibles à tous les publics et que toutes les situations de handicap sont levées ou contournables de façon satisfaisante. Par exemple, l'accessibilité de l'information et des échanges dans un lieu est aussi importante que tous les autres éléments. Même si l'accessibilité doit d'abord être synonyme d'autonomie, d'innovation et de croissance, et non pas de sanction, je demanderai aux préfets délégués à l'accessibilité et à la conception universelle de s'assurer qu'aucune absence de mise en œuvre des Ad'ap ne reste impunie.

• La Loi ELAN, ayant fait passer le nombre de logements accessibles de 100 à 20 %, suscite la colère des associations. Comptez-vous revenir sur ce principe ?
Une de mes premières mesures sera l'abrogation de la disposition scélérate de cette loi prise par le gouvernement d'Emmanuel Macron qui a piétiné l'impératif d'accessibilité des logements neufs. Naturellement, nous rétablirons l'obligation initiale de 100%. L'accès au logement est une mes priorités, vous le savez. À Paris, nous avons engagé la rénovation de 5 000 logements sociaux par an pour qu'ils soient justement accessibles.

10 - SANTE
Au risque de mettre ce public en danger, l'accès aux soins des personnes handicapées reste un gros point noir, du fait de l'inaccessibilité des lieux de soins, du manque de formation du monde médical aux particularités du handicap et de reste à charge qu'elles ne peuvent assumer. Comment comptez-vous y remédier ?
L'accès aux soins est un des axes majeurs de mon programme. Neuf millions de nos compatriotes vivent dans un désert médical. Ajoutons à cela toutes celles et ceux qui n'accèdent pas aux soins du fait de leur handicap, parce que des cabinets ne sont pas accessibles ou parce que des consultations spécialisées sont rares et éloignées du lieu de vie. Je déplore que les refus de soins soient encore possibles, il s'agit de discriminations inacceptables.

Deux priorités s'imposent pour permettre cet accès aux soins :
- L'accessibilité des cabinets médicaux et des lieux de soins dont trop d'acteurs ont pu s'affranchir. Si l'intervention des professionnels au domicile des patients est parfois utile, il faut néanmoins que les personnes handicapées puissent consulter en toute autonomie, sans dépendre d'un membre de leur famille ou de leur entourage.
- La formation de tous les professionnels médicaux à l'accueil de leurs patients handicapés.

Le développement des consultations à distance et des plateformes de réservation en ligne sont d'évidentes opportunités de développer l'accès aux soins, notamment pour les personnes handicapées, avec, par exemple, des consultations spécialisées encore trop rares quand elles sont nécessaires. Mais si ce développement se poursuit sans tenir compte des impératifs d'accessibilité digitale, nous passons alors à côté de l'objectif et créons un nouveau fossé et de nouvelles exclusions. Lorsque nous n'entendons pas, nous ne voyons pas, ne comprenons pas ou encore avons des difficultés pour utiliser son équipement, nous devons pouvoir accéder à ces plateformes en ligne. Ce développement ne doit pas, bien sûr, se faire au détriment de l'accueil physique et des consultations physiques dans des lieux accessibles. Je suis par ailleurs particulièrement attachée à ce que nous progressions en matière de santé sexuelle des personnes handicapées.

Illustration article
Partager sur :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • Facebook
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Handicap.fr est gratuit, aidez-nous à le rester. Soutenez-nous !

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.