Jean Lassalle (Résistons) : quelle place pour le handicap ?

Quelle place pour le handicap dans le programme de Jean Lassalle (Résistons) ? Comme à tous les autres candidats à l'élection présidentielle, Handébat a posé ses questions. Réponses en dix thèmes...

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Les mêmes questions, sur dix grands thèmes, ont été posées à chacun des candidats à l'élection présidentielle 2022 (autres interviews dispo en lien ci-dessous). Voici les réponses de Jean Lassalle (Résistons)*.

Question flash : Quelle sera la place du handicap dans votre politique ?  
Et dans votre gouvernement ?
Dans la politique de demain, dans notre politique, les françaises et français en situation de handicap seront une de nos priorités au cœur de notre pays. C'est à notre société de s'adapter à nos concitoyens et non l'inverse. Les 12 millions de personnes en situation de handicap auront leur place dans notre politique qui doit passer « d'inclusive » à « vivre ensemble ». Nous souhaitons la création d'un ministère du Handicap, de l'inclusion et de l'autonomie. Des secrétariats d'État compléteront ce ministère (petite enfance, grand âge…).

Question bonus : Quelle est la mesure emblématique dans le champ du handicap que vous voulez mettre en place ?
Très compliqué de retenir une mesure, je vais retenir la restructuration complète de l'école inclusive. La création du ministère dédié sera également une grande avancée. Il y aura constamment des travaux avec les associations, pour améliorer les conditions des personnes en situation de handicap et arriver petit à petit à notre politique de « vivre ensemble ».

Il faut aussi prendre en compte de l'entourage de la personne en situation de handicap (trop souvent oublié), ces aidants qui font un travail merveilleux auprès de leur proche. Il faut les soutenir à hauteur de leur investissement et dévouement, parfois à un prix dramatique. Il est de plus en plus fréquent que des aidants décèdent d'épuisement. Nous renforcerons leur statut : aide humaine, psychologique, élargissement des droits AJPA, moment de répit, augmentation du congé proche aidant.


1 - CONVENTION INTERNATIONALE DES DROITS DES PERSONNES HANDICAPEES DE L'ONU
• L'ONU exhorte la France, à la suite de son audition à l'été 2021, à fermer tous ses établissements médico-sociaux. Vous engagerez-vous à suivre ce cap ou vous semble-t-il excessif ?
Il est inconcevable et dangereux de fermer nos établissements médico-sociaux. Nous allons créer des places d'urgence pour accueillir et accompagner les personnes en situation de handicap qui ont besoin d'un accompagnement plus spécifique et auprès d'un personnel spécialisé et formé aux handicaps plus lourds. Une politique de fermeture massive, emmènerait une grave mise en danger de nos concitoyens, ainsi que les familles.

2 – CITOYENNETE
Les personnes handicapées peinent à accéder à la vie publique et à une citoyenneté pleine et entière. Comment changer la donne ? Par exemple :
• Etes-vous favorable à l'instauration de quotas de personnes en situation de handicap sur les listes électorales, à l'image de ce qui existe pour d'autres publics (par exemple parité homme/femme) ?
Souhaitant une politique de « vivre ensemble », il est important de traiter tous nos concitoyens avec équité. Il est aberrant que, de nos jours, nous devions encore imposer des quotas (pas forcément respectés) pour inclure des personnes en situation de handicap. Mettre en place des quotas sur les listes électorales pourraient s'avérer très difficile. A force de rajouter des quotas, il sera difficile de constituer des listes. Nous proposons de multiplier les contrôles et d'accentuer les sanctions pour lutter contre la discrimination au handicap (1ère cause dans notre pays). Les sanctions financières seront intégralement reversées aux associations.

•  Respecterez-vous le quota de 6 % de personnes handicapées dans votre gouvernement, vos cabinets, votre administration ?
Notre futur gouvernement sera formé de Françaises et Français du terrain. Il sera ouvert aux valides comme aux personnes en situation de handicap, en fonction de leurs compétences.

3 – RESSOURCES
• Mettrez-vous en œuvre l'individualisation de l'AAH, soutenue par tous les partis d'opposition contre l'avis de la majorité ?
• Par ailleurs, cette allocation à taux plein reste, avec 903 euros par mois, en dessous du seuil de pauvreté fixé en France à 1 102 euros en 2021. Comptez-vous l'augmenter à ce niveau pour son million de bénéficiaires ? L'individualisation de l'AAH, reste l'une de nos plus grandes priorités. La précarité des personnes en situation de handicap explose, c'est inadmissible. Les inégalités doivent cesser de s'accroître et nous augmenterons l'AAH à 1 100 euros.
Nous allons également travailler sur les « restes à charge », pour les réduire drastiquement.

4 - EDUCATION
4 000 AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) de plus promis à la rentrée 2022, est-ce suffisant ? Vous engagerez-vous à faire mieux et comment ?
Malheureusement, nous notons toujours un temps de retard dans la prise en charge des élèves en situation de handicap. Tous les ans, nous notons une croissance moyenne de 10 % de nouveaux élèves notifiés par les MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) en France. Les embauches ne couvrent pas les demandes. De nombreux élèves se retrouvent sans AESH, par manque de budget dans les DSDEN (Direction des services départementaux de l'Education nationale). Il faut également améliorer les conditions de travail des AESH.

• L'école inclusive a-t-elle ses limites ou est-ce un cap non négociable, quelles que soient les difficultés pour la mettre en œuvre ?
Dans notre société, nous ne pouvons pas prétendre pour le moment à une école 100 % inclusive. Trop souvent, je vois des enfants scolarisés en milieu ordinaire, mais cela s'avère dramatique. Le contexte et leur(s) handicap(s) ne permettent pas, d'avoir un accompagnement adapté. Trop d'enfants notifiés pour une place en centre médico-social se retrouvent en attente car nous sommes dans une politique de fermeture de ces établissements (préconisation ONU).

• Quatre mesures concrètes, de la maternelle aux études supérieures.
- Améliorer les conditions de travail des AESH (salaire, formation, statut, prime…).
- Suppression des PIAL (outil désastreux de mutualisation à outrance).
- Réouverture de places dans les instituts spécialisés.
- Renforcement des dispositifs ULIS (Unité localisées pour l'inclusion scolaire).
- Création de postes pour accompagner les étudiants dans les études supérieures.

• Que proposez-vous pour faciliter la mobilité internationale des étudiants en situation de handicap ?
Nous travaillerons dans un premier temps sur des partenariats entre états européens, pour faciliter les déplacements de nos étudiants en situation de handicap. Nous mènerons des travaux, avec les principaux services de transport.

5 - EMPLOI
500 000 personnes handicapées sont au chômage. Jugez-vous que « nul n'est inemployable » ? Si oui, faut-il viser l'emploi en milieu ordinaire ou renforcer les dispositifs spécifiques, type Esat ou entreprises adaptées ?
Il est honteux de voir le taux de chômage, chez les personnes en situation de handicap. Pourtant, de nombreux emplois seraient facilement adaptables. Malgré tout, des entreprises restent hors la loi et ne font pas le nécessaire pour accueillir des travailleurs en situation de handicap (préférant payer des amendes). Je pense que, réellement, nous pouvons accueillir de nombreux travailleurs en milieu ordinaire. Nous devons également renforcer les dispositifs spécifiques et adaptés, mais en respectant ces hommes et femmes. Il n'est pas normal, le bas salaire de ces personnes. Nous augmenterons cela ; ils auront des contrats de travail et seront soumis au Code du travail.

• N'êtes-vous pas inquiet sur l'avenir de l'AGEFIPH et du FIPHFP, d'abord à cause de leur budget en baisse mais aussi de la volonté actuelle de transférer aux entreprises et à leur bonne volonté (RSE) la compensation du handicap en emploi, qui se matérialise concrètement par la suppression des accords entreprise en 2024 ?
Évidemment, nous sommes inquiets sur le budget en net recul pour l'AGEFIPH et FIPHFP. La population en situation de handicap étant en constante progression, il est de notre devoir de revoir ce budget à la hausse. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire des restrictions budgétaires sur le dos de nos concitoyens en situation de handicap.

6 - ACCESSIBILITE NUMERIQUE
En dépit de la réglementation, de nombreux sites internet, y compris gouvernementaux, ne sont pas accessibles, faisant peser sur les personnes handicapées, pour certaines déjà isolées par les difficultés de déplacement, le poids supplémentaire de la fracture numérique. Acceptez-vous de durcir significativement les sanctions et de mettre en place une autorité de contrôle et de régulation à l'image de ce qui est en place pour le RGPD et la CNIL ?
A l'heure du tout numérique et de la dématérialisation, il est essentiel que les sites internet gouvernementaux et ceux de l'administration française soient accessibles à l'ensemble de la population. Il existe déjà des dispositifs que nous pouvons mettre en place (chat, avatar, FALC). A eux de respecter des préconisations existantes, sinon ils auront de lourdes sanctions.

7 - CHOC DE SIMPLIFICATION
L'un des principaux credo du gouvernement actuel a été la simplification de l'accès aux droits des personnes handicapées avec, pour la première fois, un grand nombre d'attributions à vie (RQTH, PCH, CMI…) pour certains handicaps. Comptez-vous aller plus loin ?
Nous devons avant tout restructurer et améliorer les services MDPH. Les attentes sont encore trop longues, nos concitoyens en situation de handicap n'ont pas le temps d'attendre. Nous allons réduire cette attente à un mois maximum. Dans mon département (Pyrénées-Atlantiques), quatre mois pour une simple demande de renouvellement des CMI (carte mobilité inclusion). Oui, nous allons continuer de simplifier l'accès au droit jusqu'à la limite du raisonnable, sans pour autant tomber dans un laxisme administratif. Une trop grande simplification pourrait amener des personnes malintentionnées à des abus.

8 - HABITAT INCLUSIF
Au risque d'ébranler le système français du tout médico-social, l'habitat inclusif qui promeut la vie de la personne handicapée au cœur de la cité, fait aujourd'hui une percée. Comptez-vous encourager cette formule qui prône le vivre ensemble, même si cela suppose d'y investir des moyens supérieurs ? Y voyez-vous certaines limites ?
Ayant eu la chance d'évoluer dans un organisme proposant des habitats inclusifs, je suis persuadé du bienfait de ce dispositif. Il apporte une certaine autonomie personnelle gratifiante et une indépendance, tout en gardant un lien avec des équipes du médico-social et un environnement adapté et sécurisé. Nous mettrons en place tout au long du quinquennat de Jean Lassalle des habitats inclusifs.

9 - ACCESSIBILITE DU BATI
• Les Ad'AP (agenda d'accessibilité programmé) ont fixé des échéances et des règles précises pour assurer l'accessibilité des ERP (établissements recevant du public). Or elles ne sont pas respectées car aucune sanction n'est encore tombée. Vous engagez-vous à durcir le ton et comment ?
Comme j'ai pu le dire dans différentes réponses, nous devons multiplier les contrôles et les sanctions pour faire respecter les règles et les lois.

• La Loi ELAN, ayant fait passer le nombre de logements accessibles de 100 à 20 %, suscite la colère des associations. Comptez-vous revenir sur ce principe ?
Nous reviendrons sur la loi ELAN, nous repasserons à 100 % de logements accessibles. Toutes nouvelles constructions doivent avoir un minimum d'adaptation, pour accueillir les personnes en situation de handicap.

10 - SANTE
Au risque de mettre ce public en danger, l'accès aux soins des personnes handicapées reste un gros point noir, du fait de l'inaccessibilité des lieux de soins, du manque de formation du monde médical aux particularités du handicap et de reste à charge qu'elles ne peuvent assumer. Comment comptez-vous y remédier ?
Concernant l'accessibilité des lieux de soins, nous travaillerons au sein de notre nouveau ministère avec les acteurs principaux du domaine, pour que ce point noir s'efface petit à petit.


*Il est précisé que ces réponses ont été « apportées » par Sébastien Cazaubon, AESH dans les Landes, délégué territorial, chargé du handicap et consultant handicap pour l'équipe de campagne de Jean Lassalle mais qu'elles ont été « validées » par le candidat de Résistons !

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