MDPH : suppression, réforme... Quels sont les débats ?

Gouvernance, financement, disparités... Bénéficiaires et politiques remettent parfois en question ces aspects des MDPH, alors que ces institutions font partie des acteurs phares du handicap. Décryptage.

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La plaque à l’entrée de la Maison départementale des personnes handicapées de P

« Supprimer les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) pour transférer leurs compétences à la Sécurité sociale. » Telle était la piste de réflexion explorée par le parti politique Place publique, dont le coprésident Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche socialiste et démocrate pour l'élection présidentielle le 11 octobre 2026. Cette idée figurait au sein du document de travail du parti, et non de son programme présidentiel final, recensant des grandes thématiques sur lesquelles des réformes sont à trouver. Si Place publique a, pour le moment, retiré cette formulation pour la retravailler grâce à un travail sur le terrain, elle met au centre de l'attention les différents débats existant au sujet des MDPH. Et derrière les tâtonnements politiques peuvent se cacher plusieurs niveaux de remise en question et de réformes possibles.

"Une tuyauterie extrêmement importante"

Proposer de supprimer les MDPH est, en réalité, très flou, tant leur fonctionnement est complexe. Ces instances ont été créées avec la loi handicap de 2005 (Loi handicap : Sébastien Peytavie propose une "mise à jour") dans le but de proposer un guichet unique aux personnes concernées. Avant cela, les adultes en situation de handicap se référaient à la Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel (Cotorep) et les enfants, eux, à la Commission départementale de l'éducation spéciale (CDES). Depuis, les MDPH endossent différents rôles : le comité exécutif pilote la structure, l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation jauge les besoins des personnes en situation de handicap et la commission d'attribution des droits (CDAPH) approuve les aides. Dans chacune de ces instances, de multiples parties prenantes sont présentes. « Les MDPH, c'est une tuyauterie extrêmement importante », explique Malika Boubékeur, conseillère nationale à APF France handicap. Elle cite par exemple l'allocation adulte handicapé (AAH) certes validée par les MDPH mais dont le montant est versé par la Caisse d'allocations familiales (CAF), ou la prestation de compensation du handicap (PCH) versée, elle, par les conseils départementaux.

Un consensus autour des disparités

Temps de traitement des dossiers, aides accordées ou moyens disponibles sont donc autant de différences critiquées et qui sont liées à la présence de multiples organismes dans les instances administratives et décisionnaires des MDPH. Les conseils départementaux y occupent par exemple une place importante, mais ils ne sont pas tous dotés des mêmes ressources budgétaires et humaines sur leur territoire, affectant directement les personnes en situation de handicap qui les sollicite (Nanisme : des inégalités de traitement à la MDPH). En septembre 2026, APF France handicap a qualifié, après la publication d'un article du journal Le Monde à ce sujet, ces disparités comme étant « insupportables », ajoutant que déménager est une sorte de « loterie ». Ces inégalités départementales sont pourtant la conséquence directe d'une volonté de décentralisation. « Si on le fait par territoire, c'est aussi pour être auprès des gens », soulève Capucine Lemaire, présidente et fondatrice de l'Observatoire des politiques du handicap, une organisation non gouvernementale.

Transférer les compétences

Le transfert des compétences revient alors souvent dans le débat public comme solution possible. En 2014, les MDPH ont été visées par un projet de loi visant à les intégrer directement au sein des Départements. Cette refonte aurait aussi supprimé leur statut de groupement d'intérêt public (GIP), permettant d'associer l'État, la collectivité territoriale et les associations. À l'époque, cette proposition avait vivement été rejetée par les associations gestionnaires du secteur du handicap, qui dénonçaient un risque pour l'indépendance de ces structures.

Un rapprochement vers la santé

Aujourd'hui, la Sécurité sociale entre dans le débat comme financeur unique des différentes prestations, pour mettre fin aux disparités observées. Mais cela n'est pas sans risque comme le commente Capucine Lemaire : « La sécurité sociale n'a pas les moyens de gérer une telle charge supplémentaire. » Le Conseil de la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), qui est la 5ème branche du système, a par ailleurs alerté le 16 octobre dernier sur un financement insuffisant, alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale est en cours d'examen (PLF et PLFSS 2027 : Quelles mesures pour le handicap ?). Sarah Pigeaud, coordinatrice du projet politique de Place publique, partage cette réserve : « Si on n'a pas un budget qui est sanctuarisé, ça ne peut pas marcher. » Un rapprochement avec la Sécurité sociale est aussi perçu, par Capucine Lemaire, comme une décision validiste : « Quand vous basculez le handicap vers la santé, c'est comme dire "Vous êtes handicapé donc vous êtes malade". »

La question de la gouvernance

Pour la fondatrice de l'Observatoire des politiques du handicap, la réponse ne se situe donc pas dans un potentiel transfert, mais plutôt dans une « réforme normative » de l'institution. Capucine Lemaire pointe du doigt la logique d'évaluation des droits pour les personnes en situation de handicap. Les éléments pris en compte par l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation des MDPH sont des catégories, qui, selon elle, « continuent de définir qui a droit à quoi en fonction d'un déficit, plutôt que d'un besoin ». L'ONG se réfère aussi à la position des Nations unies sur la question du handicap et appelle ainsi à « mélanger la gouvernance » des MDPH en y intégrant les personnes en situation de handicap.

Crédit : Maison départementale des personnes handicapées de Paris

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Pauline Royer, journaliste Handicap.fr"
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