Mental : une série salvatrice sur les troubles psychiques?

Et si on abordait les troubles psychiques avec sincérité, humour et émotion ? Déstigmatiser et libérer la parole, telle est l'ambition de la série Mental. Immersion dans un service de pédopsychiatrie avec 4 ado inspirants. Sortie le 25 octobre 2019.

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Bienvenue au service pédopsychiatrique des Primevères. Marvin, 17 ans, plus habitué aux gardes à vue qu'aux examens médicaux, y est conduit à la suite d'une décision de justice. « Qu'est-ce que je fous ici ? », s'étonne-t-il ? Le jeune homme ne compte pas s'éterniser et le fait comprendre aux autres pensionnaires ainsi qu'à l'équipe soignante. « Je ne suis pas comme vous, moi ! », assène-t-il. Mais ça, c'était avant de faire la connaissance de Mélodie, Simon et Estelle, en thérapie depuis quelques semaines. La joyeuse troupe va bousculer le quotidien de l'institution et mettre à mal les idées reçues sur les troubles psychiques ! Entre avancées et rechutes, c'est cette nouvelle amitié qui les « guérit » mieux que « n'importe quelle pilule ». Mental, une série en dix épisodes de vingt minutes aussi drôle que touchante, est à retrouver sur la chaîne numérique consacrée aux jeunes, France.tv Slash, à compter du 25 octobre 2019.

Déstigmatisation urgente et nécessaire

Les troubles psychiques chez les adolescents ? Un sujet tabou passé sous silence. Ce mutisme fait malheureusement trop de victimes chaque année. Incompris, malmenés et en proie aux stigmatisations, certains jeunes se retrouvent dans l'impasse et mettent parfois fin à leurs jours. Le suicide est la troisième cause de décès chez les 15-19 ans. En France, près de la moitié des adolescents sont en état de « souffrance psychologique » mais 70 % d'entre eux cachent leur mal-être par « honte ». La moitié des troubles psychiques commencent avant l'âge de 14 ans mais la plupart des cas ne sont ni détectés ni traités. Or, pris en charge précocement, ils n'engendreront pas forcément de conséquences mentales et physiques à l'âge adulte. Cette nouvelle série a donc pour ambition de déstigmatiser ces troubles et ainsi « donner la possibilité aux jeunes de dire qu'ils sont fragiles et qu'ils ont besoin d'aide », explique ses scénaristes, Victor Lockwood et Marine Maugrain Legagneur.

Programme salvateur ?

Au sein d'un centre cloisonné, ces quatre adolescents s'inventent un univers, font la fête, créent des liens... Des jeunes comme les autres qui vivent leurs émotions différemment. « C'est rien, j'ai juste des émotions mais, aujourd'hui, ce n'est pas autorisé », interpelle Simon. Si ces protagonistes attachants sont propulsés dans une situation hors du commun, celle de l'internement, chacun peut s'identifier à leurs luttes intérieures car elles sont l'expression amplifiée de difficultés universelles. « Si j'avais vu cette série à 15 ans, je n'en serais pas là aujourd'hui, j'aurais pu gérer ma maladie autrement et n'aurais certainement pas pris une énorme claque à l'annonce de mon diagnostic », présume Maxime Perez qui, « après deux ans d'errance médicale et deux tentatives de suicide », a décidé de créer l'association « Bipolaires et fiers, et fières ». « Elle permet aussi aux parents de déculpabiliser » et de dédramatiser ce handicap, sans le montrer sous un angle péjoratif, ajoute Marie-Jeanne Richard, présidente de l'Unafam, association de défense des intérêts des personnes en situation de handicap psychique.

Mélange d'humour et d'émotions

« Au départ, c'était plein de pièges, certes, mais on a voulu oser l'humour, l'autodérision, on ne voulait pas tomber dans la caricature », affirme le producteur. « Il est vrai que c'est un terrain miné », concède Aude Caria, directrice du Psycom, un organisme qui lutte contre la stigmatisation des troubles psychiques, duquel, selon elle, les réalisateurs sont sortis indemnes. Résultat, une série « disruptive », captivante et sans fausse note. Par souci de justesse, l'équipe a échangé avec des patients, des associations, des pédopsychiatres ainsi que le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), « pour s'assurer de ne pas véhiculer d'idées fausses ». « La réussite de Mental, c'est sa capacité à faire rire et, la minute d'après, à vous faucher dans l'émotion », estime Sened Dhab, de France TV numérique. Pas question de faire dans le pathos. L'humour occupe une place prégnante, notamment à travers les répliques « cash » de Marvin. Le test de Rorschach et autres outils d'évaluation psychologique ? Pour rester poli, ce n'est pas sa tasse de thé ! « Qu'est-ce que tu vois sur ce dessin ? », lui demande sa psychologue. Un oiseau, une chauve-souris, un visage ? « La chatte à ta mère », répond le jeune homme. Sa désinvolture et sa maladresse le conduiront à se faire « une fracture du connard ». Charismatiques, lumineux et habités par leur personnage, les acteurs contribuent largement à la réussite de la série. « Ce rôle, c'est du pain béni , déclare Lauréna Thellier, qui interprète Estelle, une jeune fille schizophrène. On s'attache vite aux personnages, et les répliques sont tellement pertinentes qu'on n'a pas besoin d'en faire des tonnes. »

Série primée

Les sujets tabous n'effraient pas les réalisateurs qui décident d'aborder également l'homosexualité, l'adoption, la maltraitance du personnel soignant ou encore l'intimité dans les établissements médico-sociaux... Mental s'inspire d'une série finlandaise qui a « fait le buzz » et permis de libérer la parole des jeunes. « Là-bas, c'est devenu un enjeu de santé publique grâce à une œuvre de fiction », se réjouit Aude Caria. Aura-t-elle le même impact en France ? C'est tout ce qu'on lui souhaite... Cela semple bien parti puisqu'elle a reçu le Prix de la meilleure série au Festival de la fiction de La Rochelle. « Maupassant, Victor Hugo, Proust... Ils étaient tous considérés 'fous', conclut Simon. Ce n'est pas une maladie que l'on a, c'est un don ! »

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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