De nouveaux dispositifs pour les élèves TND... insuffisants?

Pour améliorer l'inclusion des élèves avec des troubles du neurodéveloppement, et notamment autistes, le gouvernement déploie 110 nouvelles classes et 25 professeurs ressources. Encourageant mais pas suffisant, selon les associations.

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A la rentrée 2022, 45 000 élèves autistes étaient scolarisés en milieu ordinaire. En 2023, ils sont 1 000 de plus. Pour les accueillir, 37 unités d'enseignement en maternelles (UEMA) et 44 en écoles élémentaires (UEEA) ainsi que 29 dispositifs d'autorégulation (DAR), soit 110 nouvelles classes, ont été ouverts dans toute la France. C'est l'une des mesures de la stratégie 2023-2027 pour les troubles du neurodéveloppement (autisme, « dys », TDAH, TDI...), dont les grandes orientations ont été soumises à la consultation citoyenne entre mars et mai 2023. Son ambition ? « Généraliser l'accès des enfants autistes à l'école, personnaliser leurs parcours et en garantir la continuité. » Si les engagements définitifs seront présentés courant septembre, la rentrée scolaire est l'occasion « d'illustrer la volonté d'accélérer la dynamique d'inclusion et d'élargissement à tous les TND », explique la délégation interministérielle à l'autisme (DIA). Leitmotiv ? « Il se joue, dans l'accès à l'école, non seulement la question de l'accès aux apprentissages, mais aussi d'inclusion dans la société, pour le présent et le futur. »

Des moyens insuffisants

« Les personnes autistes représentent environ 1 % de la population, les 'dys' 17 %, donc 1 000 solutions pour 17 % de la population, quel effort !, ironise André Masin, président d'AFG Autisme. Ce n'est vraiment pas grand chose... » De son côté, Jean-Marc Bonifay, président de l'association Autisme PACA se veut plus nuancé : « Tout cela va dans le bon sens mais les moyens ne permettent pas de couvrir les besoins de tous les territoires ». Selon lui, le DAR « devrait être présent dans toutes les écoles car il permet aux élèves d'apprendre à maîtriser leur comportement et leurs émotions pour réussir à vivre pleinement des expériences d'apprentissage ». Ce dispositif, qui accueille entre sept et dix élèves, leur offre la possibilité d'alterner entre une classe ordinaire et une salle d'autorégulation, véritable « sas émotionnel ». Ils bénéficient également d'un emploi du temps personnalisé, avec une pédagogie adaptée auprès d'un enseignant spécialisé dans l'autorégulation. Or, « cette année, dans mon département (Var), le DAR de St Raphaël n'existe pas, nous l'espérons pour 2024... », poursuit M. Bonifay, qui s'inquiète des éventuelles ruptures de parcours.

25 professeurs ressources supplémentaires

Autre mesure phare : 25 professeurs ressources viennent renforcer l'accompagnement des enfants avec TND. Leur mission consiste à conseiller les professeurs qui les sollicitent. Chaque département bénéficie d'un enseignant ressources TSA, ils sont aujourd'hui au nombre de 101. Des alliés « essentiels », selon Jean-Marc Bonifay, mais dont « le nombre reste insuffisant », sans compter qu'ils sont « en charge de tous les TND, une mission large, trop large pour une seule personne », assure ce président d'association. Il préconise d'en déployer un par circonscription dans les « départements étendus, avec une démographie élevée ».

Haltes aux nouveaux dispositifs, place à une « vraie politique »

« Je le dis chaque année à la réunion du comité des usagers de l'académie de Lyon en présence du recteur, il ne nous faut pas une juxtaposition de dispositifs mais une vraie politique inclusive, qui commence dès le diagnostic, avec une logique de parcours pour éviter les ruptures incessantes, s'impatiente Chams-Ddine Belkhayat, président de Bleu Network et représentant des usagers en situation de handicap dans l'académie de Lyon. On crée des dispositifs en pensant vider le verre mais il se remplit encore plus vite face à la recrudescence de diagnostics. Résultat, c'est le flou pour tout le monde, personne n'y comprend rien, les familles, les professionnels du médisosocial et de l'Education nationale... » Ce père d'un enfant autiste réclame « un maillage territorial, avec une bonne connaissance de la situation territoire par territoire, un état des lieux plus pointu qui recense les besoins, à la fois des familles et des professionnels de l'Education nationale pour éviter toute exclusion, tout en renforçant les liens avec le médicosocial ».

« Aucune orientation n'est définitive »

La DIA tient toutefois à rassurer : « Aucune orientation n'est définitive. Pendant sa scolarité, un élève pourra passer d'une forme à l'autre de classe et d'accompagnement. Ce sont ses besoins et son évolution qui doivent dicter son parcours. Parcours et orientation doivent se mettre en œuvre avec l'accord de la famille dans le cadre d'une coopération étroite et permanente avec l'école », explique-t-elle, conseillant par ailleurs de contacter le rectorat, vice-rectorat ou les services départementaux de l'Education nationale pour obtenir de plus amples informations. Si, sur le papier, la promesse est alléchante, face à la pénurie alarmante de solutions, il semble illusoire de rendre ce droit effectif... dans la vraie vie.


André Masin, président d'AFG autisme, réagit à ces annonces dans cette interview : Rentrée 2023 : 80 % d'élèves autistes sans solution adaptée. Le troisième article de ce dossier, Rentrée 2023 : 4 dispositifs adaptés aux élèves autistes, détaille les options proposées pour améliorer l'inclusion scolaire.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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