Travailleurs handicapés à l'Elysée : Macron dit-il vrai ?

Interrogé par une journaliste d'AirZen Radio lors de la CNH 2026, Emmanuel Macron assure qu'il y a des agents avec trisomie 21 "dans les personnels de l'Elysée". Qu'en est-il réellement du nombre de travailleurs handicapés à la Présidence ?

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La journaliste Jeanne Métivier pose une question à Emmanuel Macron - CNH 2026 

« Est-ce qu'il pourrait y avoir un travailleur ou une travailleuse trisomique 21 au sein de votre gouvernement ? » A l'issue de la Conférence nationale du handicap (CNH) (CNH 2026 : nouvelle feuille de route dévoilée), la journaliste d'AirZen – radio appartenant au même groupe qu'Handicap.fr – Jeanne Métivier, a tendu son micro à Emmanuel Macron. (Video)  

« Il n'y en a pas dans mon gouvernement mais il y en a dans les personnels de l'Élysée », a assuré le président de la République en guise de réponse. Et de préciser : « Il y en a une qui travaille à l'Alma (...) J'en ai eu, j'en ai encore dans différents services. » Handicap.fr a souhaité vérifier cette information. Combien y a-t-il réellement de personnes en situation de handicap parmi les quelque 800 personnes qui travaillent quotidiennement pour la présidence de la République ? Sur son site officiel, dans sa rubrique « Nous rejoindre », l'Élysée assure regarder « avec la plus grande attention les candidatures qui s'inscrivent dans le cadre de [sa] politique privilégiant la diversité, la parité et l'accueil de personnes en situation de handicap ».  

5,2 % de travailleurs handicapés à la Présidence 

Dans son rapport consacré à la gestion des services de la Présidence en 2024, soit les différentes équipes administratives et opérationnelles qui travaillent pour le président et le fonctionnement de la Présidence sur plusieurs sites parisiens (pas uniquement le palais de l'Élysée), la Cour des comptes indique qu'au 31 décembre 2024, 5,2 % des équivalents temps plein (ETP) employés par la Présidence étaient des personnes en situation de handicap, contre 7,3 % en 2023. Le taux était ainsi inférieur au seuil de 6 % fixé par la loi. Un chiffre également repris dans un rapport budgétaire de l'Assemblée nationale sur le projet de loi de finances pour 2026, enregistré le 23 octobre 2025. 

Ces données doivent toutefois être interprétées avec précaution. Elles concernent les personnels hors militaires relevant de la sécurité. Par ailleurs, les fonctionnaires mis à disposition peuvent déclarer leur situation de handicap auprès de leur administration d'origine, sans que la Présidence en ait nécessairement connaissance. 

800 personnes au service du président 

La Présidence indique elle-même qu'environ 800 personnes travaillent quotidiennement pour le chef de l'État et précise que, outre le cabinet et l'état-major particulier, elle comprend quatre directions. Elle indique aussi que ses personnels sont des fonctionnaires mis à disposition et des contractuels de droit public. La Cour des comptes précise d'ailleurs que, les agents bénéficiant de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) étant comptabilisés dans leurs administrations d'origine lorsqu'ils sont mis à disposition, la Présidence s'est fixé un objectif de 6 % pour ses agents contractuels.  

6,36 % dans l'ensemble de la fonction publique 

À titre de comparaison, le taux d'emploi direct des personnes en situation de handicap dans l'ensemble de la fonction publique a atteint 6,36 % en 2025, selon le FIPHFP (Fonction publique : cap des 6 % dépassé). Dans le détail, le taux était de 7,68 % dans la fonction publique territoriale, de 6,26 % dans la fonction publique hospitalière et de 5,28 % dans la fonction publique d'État. Le chiffre de 5,28 % ne doit donc pas être confondu avec celui de l'Élysée : il concerne l'ensemble de la fonction publique d'État. De son côté, la présidence n'a pas répondu à nos sollicitations pour confirmer les déclarations d'Emmanuel Macron et fournir des données plus précises. 

Marine Neuville, directrice du Fiphfp, ajoute par ailleurs que les employés par des prestataires extérieurs ne sont pas comptabilisés dans le taux de 6 % d'obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH). « Seules les personnes qui ont une fiche de paye sont prises en compte pour le calcul du taux d'emploi direct, détaille-t-elle. En revanche dans certains cas, comme un travail avec des Esat ou des entreprises adaptées, l'État peut bénéficier d'une réduction de contribution. » En cas de non-respect des 6 %, le code du travail prévoit en effet une « contribution annuelle pour chacun des bénéficiaires de l'obligation » que l'employeur aurait dû recruter.   

Une affirmation partiellement vérifiable 

Reste la question de la personne évoquée par Emmanuel Macron qui « travaille à l'Alma », un palais national de la République française, situé au 11 quai Branly dans le 7e arrondissement de Paris, qui abrite notamment les ressources humaines, les services financiers et informatiques, ainsi que les équipes chargées de la correspondance et du dialogue citoyen. Le président aurait pu faire référence à Julia Cluzel, vivant avec une trisomie 21 et fille de l'ancienne secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées Sophie Cluzel. En 2018, alors que sa fille avait 22 ans, l'ancienne ministre racontait au magazine Elle (Sophie CLUZEL se confie sur sa fille trisomique dans Elle) : « Quand [ma fille] était au lycée professionnel, il y a quatre ans, elle a fait un stage à l'Élysée (sous François Hollande), au service de l'argenterie et des couverts. Elle y est toujours, deux jours par semaine, et le reste du temps elle travaille dans un café qui a la particularité d'employer plusieurs serveurs handicapés ». Il s'agirait d'un des Café Joyeux parisiens (Ouverture d'un café Joyeux sur les Champs-Elysées) comme l'indiquent le compte LinkedIn de la jeune femme. Contactée, Sophie Cluzel nous a précisé que sa fille ne travaillait plus à l'Elysée « depuis au moins 5 ou 6 ans ».   

Au vu des données disponibles, Emmanuel Macron dit donc vrai sur un point : des personnes en situation de handicap travaillent bien à la Présidence de la République, et une personne porteuse de trisomie 21, Julia Cluzel, y a effectivement travaillé. En revanche, la jeune femme n'occupant plus ce poste, aucune donnée publique ne permet d'établir qu'il y a actuellement une ou plusieurs personnes avec une trisomie 21 parmi les personnels de l'Élysée. La déclaration du chef de l'État est donc partiellement vérifiable.  


© Olivier Montégut 

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Solène Alifat, journaliste Handicap.fr"
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