« Mon enfant est-il autiste ? Répondez à cinq questions et vous aurez la réponse. » Ces vidéos cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux. Mais derrière leur promesse de réponses immédiates, elles véhiculent une vision trompeuse de l'autisme. Dans l'épisode 8 de notre série de fact-checking vidéo, Chams-Ddine Belkhayat, directeur de l'association AFG Autisme, et la pédopsychiatre Marie-Maude Geoffray mettent en garde contre ces « tests d'autisme » viraux qui répondent à un besoin de réponse urgente, souvent des familles. « Ça ne fonctionne pas comme ça. Et ça peut être beaucoup plus inquiétant que rassurant », prévient Chams-Ddine Belkhayat. Un message essentiel à l'heure où l'autodiagnostic explose sur les plateformes sociales.
Pourquoi un test en ligne ne peut pas poser un diagnostic d'autisme
En médecine, aucun questionnaire ne permet, à lui seul, de confirmer ou d'exclure un trouble du spectre de l'autisme (TSA). « Un test a toujours des faux positifs et des faux négatifs. C'est la base en médecine », rappelle Marie-Maude Geoffray. Un diagnostic repose sur un faisceau d'indices : développement de l'enfant, interactions sociales, communication, intérêts spécifiques, mais aussi recherche d'autres troubles pouvant expliquer les difficultés observées. Et ça prend du temps. Si certains outils de dépistage validés existent, comme le M-CHAT pour les très jeunes enfants, ils doivent être interprétés par un médecin. À l'inverse, les quiz proposés sur TikTok ou Instagram n'ont généralement aucune valeur scientifique et risquent d'alimenter l'anxiété des familles.
L'école, un maillon clé pour repérer les premiers signes
Plutôt qu'un test en ligne, les spécialistes privilégient l'observation du quotidien. « Les diagnostics les plus complexes se construisent souvent à partir des descriptions des enseignants », souligne Marie-Maude Geoffray. Les échanges entre parents, enseignants et professionnels de santé permettent de mieux comprendre le fonctionnement de l'enfant dans différents contextes. Les enseignants, aujourd'hui davantage sensibilisés aux troubles du neurodéveloppement (TND), peuvent également proposer des aménagements en classe avant même qu'un diagnostic officiel ne soit posé, une démarche d'autant plus utile que les délais d'évaluation peuvent parfois dépasser un an.
Autodiagnostic : un point de départ, jamais une conclusion
Faire un test sur internet n'est pas forcément inutile s'il conduit à consulter un professionnel, mais il ne doit jamais être considéré comme une réponse définitive. « Il faut toujours revenir à des choses simples qui vont réellement aider la personne », insiste Chams-Ddine Belkhayat. Face aux contenus viraux qui simplifient à l'extrême une réalité clinique complexe, les deux experts invitent à privilégier une démarche fondée sur les preuves scientifiques. Car mieux repérer l'autisme ne consiste pas à multiplier les quiz, mais à croiser les regards, écouter les inquiétudes des familles et construire un accompagnement adapté le plus tôt possible.
©Capture écran vidéo / Clotilde Costil



